dimanche 5 septembre 2010

TOUR DE LA FRANCE

NOTRE TOUR DE LA FRANCE A VELO

          janvier 2010

En ces mois de froidure pendant lesquels certains s'envolent pour un tour du monde, nous préparons notre tour de la France, qui ne ressemblera pas au « Tour de France », ni au Tour d'Italie encore moins à la tournée des bars. Notre voyage ne nécessitera nulle tour de contrôle car il prendra une toute autre tournure. Pas de chrono impitoyable non plus, ni de tour de cochon entre nous pour arriver le premier à l'étape. Nous partirons plus de deux mois ; nous tournerons en effet la page de notre vie professionnelle car notre tour est venu de prendre notre retraite.

Nos vélos devront faire des milliers de tours de roue pour réaliser notre périple dans le sens des aiguilles d'une montre tout autour de la France, sans passer par Tournus, ni Tours mais en visitant Tourcoing. Nous contournerons généralement les difficultés comme le col de Tourniol et le Tourmalet. Le but est d’admirer la France célébrée, ou méconnue. Nous rêvons de rencontrer des habitants de nos régions, jeunes ou vieux, qui pourront nous parler tour à tour de leur métier, de leurs passions, de leur ville, de leur campagne.

Pas de tour operateur à notre service ! Un tour de table a déjà été fait auprès de nos parents ou amis les plus proches pour nous héberger. 

A tour de rôle, nous écrirons notre journal pour garder un souvenir impérissable des rencontres, des paysages et des monuments visités. A notre retour, nous apprécierons sans doute un tour de taille réduit et un tour de main certain pour boucler tous les jours nos bagages mais, surtout, nous serons plus riches des mille et un partages que nous aurons pu faire grâce à vous le long de notre TOUR DE LA FRANCE.

          mai 2010


Côté vélos, il y a du nouveau. Après l’achat d’une superbe monture Winora Domingo, 9 pignons, que j’ai fait équiper de pneus pratiquement increvables Schwalbe marathon, je me suis rendu compte que, finalement, ce n’était pas le vélo qui me convenait !!! Avis aux amateurs, je compte le revendre.


J’ai repris mon cher vélo Lapierre Tonic, qui vient de subir une petite révision, avec le remplacement d’une manette de vitesse fatiguée. Mon cher vélo piaffe déjà d’impatience dans la cave. Il n’attend plus qu’un nettoyage sérieux pour repartir fidèlement, avec deux sacoches jaunes et noires du plus bel effet et une superbe sonnette artistique, à décor de tissu cachemire. C’est dire comme il est beau !



Philippe pédalera sur son nouveau Winora, blanc avec de bonnes sacoches Vaude qui peuvent être habillées rapidement d’une housse en cas de pluie. Après mûre réflexion, les pédales seront changées pour des pédales automatiques, plus efficaces, surtout dans les côtes. De mon côté, à l’inverse de Philippe, j’opte pour la solution des années précédentes qui m’a donné pleine satisfaction : de simples cale-pied, ce qui me permet de pédaler et de marcher confortablement avec les mêmes chaussures. Nous sommes presque prêts.

          septembre 2010

En 62 étapes, voici notre tour de la France du 9 juin au 28 août 2010 pour voir et apprécier les paysages renommés ou anodins de notre pays, les monuments préhistoriques, antiques ou modernes, découvrir des spécialités gastronomiques, revoir des amis, faire des connaissances.

Les joies, les petits tracas, les colères, la fatigue, la chaleur, la pluie, l’émotion d’un voyage à vélo de 5 750 km, des chemins vicinaux aux routes nationales, sont couchés sur le papier pour maintenir vivant le souvenir d’un voyage à la force de nos mollets.





Etape 1 - Au revoir l'Alsace
           Strasbourg (Bas-Rhin) / Gérardmer (Vosges) : 110 km, dénivelé positif  982 m
2 - Histoire d'eau et d'eau-de-vie
    Gérardmer (Vosges) / Luxeuil (Haute-Saône) : 75 km, D 434 m
3 - Les cornichons
    Luxeuil (Haute-Saône) / Greucourt (Haute-Saône) : 62 km, D 330 m
4 - Cultivons-nous
    Greucourt (Haute-Saône) / Chaussin (Jura) : 92 km, D 472 m
5 - Franche-Comté / Bourgogne / Rhône-Alpes
    Chaussin (Jura) / Bourg-en-Bresse (Ain) : 104 km, D 398 m
6 - On dirait le Sud
     Bourg-en-Bresse (Ain) / Gillonnay (Isère) : 122 km, D 885 m
Repos à Gillonnay
7 - Pluie du matin n'arrête pas le pèlerin
     Gillonnay (Isère) / Les Tourrettes (Drôme) : 121 km, D 393 m
8 - Haltes gourmandes
     Les Tourrettes (Drôme) / Vallon Pont d'Arc (Ardèche) : 77 km, D 768 m
9 - Les gorges de l'Ardèche
     Vallon Pont d'Arc (Ardèche) / Avignon (Vaucluse) : 101 km, D 704 m
10 : Un travail de Romain
     Avignon (Vaucluse) / Pont-du-Gard (Gard) aller-retour : 74 km, D 300 m
11 - Mistral gagnant ?
     Avignon (Vaucluse) / Salon-de-Provence (B-du-Rhône) : 68 km, D 538 m
 12 - En Provence
     Salon-de-Provence (B-du-Rhône) / La Sainte Baume (Var) : 94 km,  D 1365 m
13 - "La mer qu'on voit danser au fond des golfes clairs"
     La Sainte Baume (Var) / Marseille (Bouches-du-Rhône) : 84 km, D 1143 m
14 : Tous les étangs ne se ressemblent pas
     Marseille (Bouches-du-Rhône) / Arles (B-du-R) : 114 km, D 503 m
Halte à Arles
15 - Taureau ailé
     Arles (Bouches-du-Rhône) / Sète (Hérault) : 128 km, D 396 m
16 - Comme les coureurs du Tour de France
     Sète (Hérault) / Port-la-Nouvelle / Port Barcarès (P-O) : 38 km, D 282 m
 17 - Le Sud du Sud
     Port Barcarès (P-O) / Argelès / Cerbère / Argelès : 102 km, D 785 m
 18 - Tramontane et montagne
     Argelès (P-O) / Duihlac-sous-Peyrepertuse (Aude) : 78 km, D 821 m
19 - En pays cathare
     Duilhac-sous-Peyrepertuse (Aude) / Mirepoix (Ariège) : 94 km, D 920 m
20 - La vie en gris, la ville en rose
     Mirepoix (Ariège) / Toulouse (Haute-Garonne) : 88 km, D 370 m
Halte à Toulouse     environ 20 km
21 - Au pays du foie gras
     Toulouse (H-Garonne) / Monties (sud de Simorre) Gers : 91 km, D 708 m
22 - Chemin de croix jusqu'à Lourdes
     Monties (Gers) / Lourdes (Hautes-Pyrénées) : 105 km,  D 1391 m
Halte à Lourdes   15 km
23 - Chiroulette, c'est chouette
     Lourdes / Chiroulet / Lourdes : 84 km, D 1035 m
24 - Palette de vert, palette de gris
     Lourdes (H-P) / Oloron-Sainte-Marie (P-A) : 70 km, D 597 m
25 - Chacun sa route, chacun son chemin
     Oloron-Sainte-Marie (P-A) / St-Jean-Pied-de-Port (P-A) : 67 km, D 667 m
26 - Ici, les Pyrénées sont Atlantiques
     St-Jean-Pied-de-Port (P-Atlantiques) / Anglet (P-A) : 85 km, D 638 m
27 - Jamais aussi loin de chez nous
     Biarritz-Anglet (P-A) / Mimizan (Landes) : 113 km,  D 456 m
28 - Jeu de pistes
     Mimizan (Landes) / Arcachon (Gironde) : 96 km, D 225 m
29 - Des citoyens à part entière
     Arcachon (Gironde) / Bordeaux (Gironde) : 108 km, D 133 m
Repos à Bordeaux   Vélos au garage
30 - Bravo au Conseil Général !
     Bordeaux (Gironde) / Duras (Lot-et-Garonne) : 89 km, D 579 m
31 - De grands noms
     Duras (L-et-G) / Montpont-Ménestérol (Dordogne) : 87 km, D 522 m
32 - Goûtons voir si le vin est bon
     Montpon-Ménestérol (Dordogne) / Segonzac (Charente) : 108 km, D 822  m
33 - La tamponite
     Segonzac (Charente) / Brûlain (Deux-Sèvres) : 90 km, D 340 m
34 - Vent d'ouest
     Brûlain (Deux-Sevres) / Ile de Ré (Charente-Maritime) : 110 km, D 240 m
Repos en Ré   38 km
35 - Vendée : côté mer, côté terre
     La Couarde-sur-Mer (île de Ré Ch-M) / Luçon (Vendée) : 80 km, D 180 m
36 - En terre méconnue
     Luçon (Vendée) / Challans (Vendée) : 108 km, D 470 m
37 - Du sud au nord de la Loire
     Challans (Vendée) / Assérac (Loire-Atlantique) : 110 km, D 357 m
38 - Flânerie bretonne
     Assérac (Loire-Atlantique) / Vannes (Morbihan) : 80 km, D 319 m
Repos à Vannes  Promenades à pied
39 - A l'aise Breizh
     Vannes (Morbihan) / Moëlan-sur-Mer (Finistère) : 92 km, D 483 m
40 - Tous frères et soeurs car ils ont Quimper
     Moëlan-sur-Mer(Finistère) / Pfluguffan (Finistère) : 66 km, D 483 m
41 - Le phare ouest
     Pfluguffan (Finistère) / Douarnenez (Finistère) : 86 km, D 637 m
42 : la Bretagne fleurie
     Douanenez (Finistère) / Rostrenen (Côtes d'Armor) : 98 km, D 1196 m
 43 - La campagne nourricière
     Rostrenen (Côtes d'Armor) / Jugon-les-Lacs (C-Amor) : 92 km, D 512 m
44 : Mont et Merveille
     Jugon-les-Lacs / Pontorson / Mt-St-Michel / Pontorson (Manche) : 98 km, D 368 m
45 : Une étape aux poêles
     Pontorson (Manche) / Saint-Lô (Manche) : 87 km, D 779 m
46 - La voie de la Liberté
     Saint-Lô (Manche) / Bayeux (Calvados) : 53 km, D 313 m
47 - Leçon d'histoire
     Bayeux (Calvados) / Caen (Calvados) : 53 km, D 184 m
Repos à Caen : révision d'histoire   15 km
48 : L'Orne, département d'origine du camembert
     Caen (Calvados) / Vimoutiers (Orne) : 111 km, D 851 m
49 : cathédrales de pierre, cathédrales de paille
     Vimoutiers (Orne) / Evreux (Eure) : 88 km, D 551 m
50 : Encore à l'Eure
     Evreux (Eure) / Bazincourt (Eure) : 94 km, D 580 m
Repos à Bazincourt 26 km
51 : Il ne peut pas faire beau tous les jours
     Bazincourt (Eure) / Le Mazis (Somme) : 82 km, D 513 m
52 : Bouche bée dans la baie
     Le Mazis / Le Crotoy (Somme) / Parc du Marquenterre / Le Crotoy: 80 km, D 215 m
53 : Rose de Picardie
     Le Crotoy (Somme) / Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) : 87 km, D 563 m
54 : Vent du large
     Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) / Bergues (Nord) : 97 km, D 379 m
55 : La ch'ti attitude
     Bergues (Nord) / Douai (Nord) : 100 km, D 343 m
56 : Beffrois et carillons
     Douai (Nord) / Maroilles (Nord) : 101 km, D 430 m
57 : Tourisme social
     Maroilles (Nord) / Guise (Aisne) : 75 km, D 411 m
58 : En Thiérache
     Guise (Aisne) / Touligny (Ardennes) : 100 km, D 832 m
Repos et moutons à Touligny  6 km
59 : En passant par la Lorraine
     Touligny (Ardennes) / Longuyon (Meurthe-et-Moselle) : 104 km, D 934 m
60 : Au fil de la Moselle
     Longuyon (Meurthe-et-Moselle) / Metz (Moselle) : 88 km, D 555 m
61 - D'un orage à l'autre
     Metz (Moselle) / Saverne (Bas-Rhin) : 124 km, D 861 m
62 - Un tampon historique
     Saverne (Bas-Rhin) / Strasbourg (Bas-Rhin) : 51 km, dénivelé nul


Départ : mercredi 9 juin 2010

Etape 1 - Au revoir l'Alsace

Strasbourg (Bas-Rhin) / Gérardmer (Vosges) : 110 km, dénivelé positif  982 m

Petit déjeuner entre 7 et 8 h au centre socioculturel de la Montagne-Verte à Strasbourg. Les invitations ont été lancées à nos amis et notre famille. Près d'une trentaine de personnes sont présentes pour nous encourager. L'adjoint de quartier, Eric Elkouby, et la conseillère municipale, Martine Jung, nous font l'honneur et l'amitié de venir nous saluer.

Nous démarrons sous les applaudissements et les coups de sonnettes, accompagnés de quatre membres de l'Amicale Cycliste d'Ostwald, notre club. Denis et Patrick roulent avec nous jusqu'au col de Saales, 65 km plus loin où Paulette et Marie-Madeleine nous rejoignent avec un repas complet.

A Saales, nous quittons l'Alsace pour entrer en Lorraine par le département des Vosges. Malgré la chaleur lourde, nous admirons les bosquets de genêts qui parsèment les pentes de taches jaune d'or. Descente en roue libre du col jusqu'à Provenchère-sur-Favre. Nous évitons Saint-Dié et la route très encombrée pour emprunter une petite route parallèle parfaitement adaptée pour circuler à vélo.

Le tonnerre commence à gronder derrière nous et de gros nuages gris nous évitent une chaleur trop pénible pour aborder le col de Martimpré à 796 m avant de plonger sur Gérardmer qui n'est plus qu'à 5 km. Nous arrivons à bon port chez le frère de Philippe alors que de grosses gouttes se mettent à tomber.

Première étape sans difficulté : il en reste encore près de 60.

Etape 2 - Histoire d'eau et d'eau-de-vie


La Moselle est déjà bien large à Remiremont où nous la traversons.  Une longue et sévère côte commence dans la ville.  Au sommet dans la forêt, un panneau indique la ligne de partage des eaux entre la Mer du Nord et la Méditerranée. Chaque goutte d'eau qui tombe d'un côté ou de l'autre de ce sommet prend une direction opposée. Nous "versons" donc dorénavant dans le "bassin méditerranéen", nous qui venons du bassin rhénan.

A la sortie du Val d'Ajol commencent la Franche-Comté et le pays de la cerise. Fougerolles compte 30 000 cerisiers. Depuis le début du XVIIe siècle, ce fruit a fait la richesse de cette bourgade par les distilleries qui s'y sont installées. Au XIXe siècle cette activité agricole s'est transformée en industrie. En 1898, chaque Français buvait en moyenne 35 litres d'alcool par an, femmes et enfants compris. Les distilleries fonctionnaient donc à plein régime et chaque semaine un train de "goutte" quittait la gare de Fougerolles. Les distilleries industrielles sont réduites à quatre de nos jours et ont dû diversifier leur gamme de produits pour proposer autre chose que de l'eau-de-vie à 50° aux consommateurs actuels.

La petite cerise noire de Fougerolles, la guigne, est fragile mais contient 25 % de sucre. Elle vient d'acquérir une nouvelle notoriété en obtenant en mai 2010 le label AOC. Les alambics (on ne prononce pas le c final à Fougerolles) ont encore de beaux jours devant eux.

Rassurez-vous, nous ne buvons que de l'eau... claire.

Etape 3 - Les cornichons


Philippe pourrait écrire le bêtisier de l'ex-DDE et sans doute quantités de gens sont prêts à rajouter des pages. Je propose tout de suite un titre : "Ces cornichons de l'ex-DDE".

Sont-ils illettrés ? Commune de Le Tholy, Commune de Le Val d'Ajol, et pourquoi pas commune de Le Havre, pendant qu'ils y sont ! Le français est en perdition.

Les techniciens de la DDE ne montent jamais sur un vélo. Démonstration par l'exemple. A la sortie de Fougerolles, un premier rond-point indique la direction de Luxeuil sur un panneau blanc de modèle standard. Au second rond-point, une bretelle interdite aux vélos conduit alors sur la RN. Les cyclistes n'ont plus qu'à terminer le tour du rond-point, remonter la côte et s'engager sur une petite route qui va vers un modeste village. Pas de panneau pour indiquer aux cyclistes refoulés de la RN la direction de Luxeuil.

Les techniciens vérifient-ils si les panneaux sont dans la bonne direction ? A environ 300 m de Luxeuil, sur la D6, un rond-point se trouve près du Mac Donald's et un panneau indique la direction du centre ville. Malheureusement, ce n'est pas la direction du centre ville de Luxeuil.

Cette liste a de grands risques de s'allonger au fil des kilomètres. Pour l'instant, les DDE des Vosges et de Haute-Saône font match nul.

Etape 4 - Cultivons-nous


Les épis de blé encore verts se dressent sur leurs tiges bleutées. D'autres variétés, sans doute plus précoces, montrent une tendance au blondissement en longues traînées qui rayent les champs. Les colzas ont perdu leurs fleurs jaunes mais sont souvent éclairés sur les bordures de champs de coquelicots, voire d'œillets qui dressent leurs petites têtes blanches au dessus de la mêlée. Des bleuets par endroits sont de la partie. Bleu, blanc, rouge, c'est le 14 juillet des blés.

Le maïs est bien trop petit pour offrir le moindre secours aux dames en mal d'endroit pour satisfaire un besoin naturel. Quelques champs de petits pois sont piquetés de leurs fleurs blanches tandis que des cosses encore plates sont déjà présentes. Les plants de tournesol très verts aux tiges piquantes ne dépassent guère la hauteur du genou. L'orge barbue ondule imperceptiblement sous la brise.

Nous pédalons allègrement en descente et beaucoup moins en montée. Les forêts succèdent aux petits villages.

A Pesmes en Haute-Saône, un des plus beaux villages de France, nous admirons depuis le haut de la petite ville les toits de tuiles rouges et l'Ognon, qui fait la limite entre la Haute-Saône et le Jura. A quelques kilomètres plus au sud, entre le hameau de Champagnolet et Montmirey, nous passons au dessus de la ligne TGV Mulhouse/environs de Dijon. Elle est terminée à cet endroit mais pas encore en service. Le silence y règne encore.

Au nord de Dole, nous nous emmêlons les pinceaux entre Peintre et Pointre. Nous faisons un crochet bien malgré nous par Pointre en croyant avoir mal lu la carte. Les deux villages sont distants d'environ 3 km. Le soleil nous caresse de temps en temps mais généralement le ciel est abondamment moutonné. Les peintres impressionnistes qui fréquentaient assidûment la Normandie l'auraient aimé.

A Tavaux, nous découvrons l'énorme usine Solvay qui dresse des citernes et des tuyaux impressionnants. Puis les bâtiments de l'usine semblent s'allonger sur des kilomètres. Cette usine produit des plastiques sous formes de billes et de l'eau de javel. Les effectifs ont baissé de 3000 à 1500 ces dernières années

Nous sommes maintenant en terrain plat dans la plaine du Finage et traversons le Doubs large et qui semble paisible.

Etape 5 - Franche-Comté / Bourgogne / Rhône-Alpes


Nous parcourons plus de 60 km en Saône-et-Loire après avoir quitté le Jura. De nombreux puits subsistent devant les maisons anciennes. Sur leur margelle est installé un cylindre de bois actionné par une manivelle destinée à faire monter ou descendre la chaîne attachée au cylindre. Les maisons bressanes se font de plus en plus nombreuses au fil des kilomètres. Longues et basses, à colombages remplis de briques, elles sont de plein pied et rarement entourées de murs ou de grilles. Dans l'Ain, les vieilles maisons deviennent de moins en moins longues mais plus larges. Certains murs sont en torchis agrémentés de galets posés en lignes horizontales. La large avancée du toit sur toute la façade est généralement soutenue par des poutres adossées au mur et quelquefois élégamment courbées.

De nombreux étangs annoncent la Dombe. A Bourg-en-Bresse, la co-cathédrale au clocher vaguement baroque est l'occasion d'une pause fraîche. Les stalles en bois sculptées du chœur sont splendides.

Au fait, comment appelle-t-on les habitants de Bourg-en-Bresse ? 

Etape 6 - On dirait le Sud


Nous quittons les Burgiens et les Burgiennes, les habitants de Bourg-en-Bresse (bien faire la liaison entre "Bourg" et "en").

Depuis la première étape le temps nous a été très favorable. Alors que nous tournions le dos à l'orage et la grêle près de Gérardmer, Remiremont et Provenchère subissaient d'importants dommages. Les jours suivants, le ciel moutonneux ou légèrement gris nous convient car pédaler une journée entière sous le soleil est bien pénible. Cet après-midi, un bref orage nous contraint à nous réfugier dans un lavoir.

Les poulets de Bresse au plumage blanc ont les pattes bleues. De vastes prés sont le domaine de ces volatiles qui grattent la terre et poussent de temps à autre des cocoricos. Les photographier est chose difficile car ils s'éloignent dès que nous approchons le grillage.

La chaîne du Jura barre l'horizon à notre gauche à l'Est. Après Meximieux, les quatre cheminées de la centrale nucléaire de Saint-Vulbas crachent des nuages de vapeur d'eau qui rapidement se confondent avec les moutons du ciel. Nous traversons le large lit de l'Ain où affleurent des bancs de graviers et de rochers. Quelques kilomètres plus loin, un pont enjambe le Rhône majestueux dont les eaux vertes atteignent les branches qui se penchent sur leur passage. Vert des arbres, vert des prairies, vert de l'eau, nulle trace de berges terreuses tant le Rhône est plein

Crémieu est une cité médiévale dominée par un château en ruines. La ville est construite en pierre jaune doré. Certaines maisons le long de l'itinéraire sont également faites de cette pierre. Les toits à tuiles rondes, dites romaines, deviennent de plus en plus nombreux. La couleur des maisons offre toute la palette des ocres, du rose au blanc sans se hasarder au bleu ou au vert, comme en Alsace. Des fermes fortifiées qui ont traversé les siècles sont souvent établies sur le sommet des collines.

Après Bourgoin-Jallieu, les montées succèdent longuement aux descentes. Des centaurées tirant sur le violet poussent le long des routes, signe que nous nous élevons pour atteindre 572 m d'altitude

L'étape se termine enfin après 122 km et presque 900 m de dénivelé.

Etape 7 - Pluie du matin n'arrête pas le pèlerin


Hier, jour de repos, il a plu toute la journée. Il a plu toute la nuit et il pleut encore ce matin. La météo annonce de la pluie toute la journée.

Philippe étrenne la housse de pluie orange de ses sacoches. Pour les miennes, le système D est de rigueur : sacs poubelle attachés avec tendeur et grands lacets. Les sacs de guidon sont également protégés par des sacs poubelle. La pluie fine est régulière. Les nuages descendent plus bas que les collines environnantes.

A Hauterives (Drôme) toujours sous la pluie, le Palais Idéal du facteur Cheval attend notre visite. Ce facteur a pendant près de 40 ans ramassé des cailloux, charrié du ciment dans sa brouette pour construire le palais de ses rêves. Il puisait des idées dans une revue qui parlait d'orientalisme, d'exotisme, au temps où les voyages étaient longs et coûteux. Mais son rêve était le sien et son palais s'il peut rappeler à certains un temple hindou ou les colonnes du temple d'Angkor, ne ressemble à aucun autre. Son palais est truffé de citations. Le facteur Cheval est mort à 88 ans en 1924

Les météorologues se trompent de temps en temps ; à partir de midi la pluie cesse et nous terminons la journée sous le soleil.





La réputation du nougat de Montélimar n'est plus à faire. La ville compte de nombreux ateliers de nougat. La visite d'un atelier s'impose donc. Au "Chaudron d'Or", un chaudron de cuivre sert aujourd'hui à la préparation d'une commande spéciale de nougat à la fraise qui embaume. Les pales tournent lentement pour mélanger le sucre et les blancs d'oeufs préalablement montés en neige. Le mélange est chaud car la cuve de cuivre est double pour faire circuler de l'eau chaude entre les parois. L'artisan verse des seaux d'amandes dans le mélange qui tourne encore quelques minutes. La pâte est ensuite étalée dans des moules rectangulaires tapissés de fines feuilles de pain azyme. Pressé quelques heures, le nougat sera bon à être coupé en rectangle ou en cube

Nous traversons le Rhône à Viviers où nous pouvons admirer le magnifique chevet de la cathédrale. La saison des fraises se termine déjà ici à la mi-juin. Les fruits achetés sur la route à un producteur sont rouges, mûrs à point, sucrés et fondants dans la bouche.

Saint-Montan est un ravissant village médiéval dominé par son château qui le protège. La montée dans les gorges de la Sainte-Baume nous donne un avant goût de ce qui nous attend demain.

Ce soir à Vallon Pont d'Arc, à l'arrivée dans notre chambre d'hôtes, une grande tasse d'olives de Nyons nous est offerte. Petites, noires, avec peu de chair, agréablement salées et parfumées au thym, elles font le délice des amateurs.

Etape 9 - Les gorges de l'Ardèche


Depuis Vallon Pont d'Arc, nous partons pour les gorges de l'Ardèche. A partir du pont de Tiourre, la montée sur 2,8 km oscille entre 9 et 12 %. La route passe sous trois tunnels taillés dans le rocher. Les respirations volontairement rythmées résonnent contre les parois. Le compteur du vélo indique des vitesses de plus en plus basses et, un instant lassé de travailler pour si peu, s'arrête de marquer la vitesse.

La majestueuse arche naturelle qui enjambe l'Ardèche et se reflète dans ses eaux est une récompense. On monte, on descend mais chaque belvédère est l'occasion d'admirer les falaises vertigineuses qui plongent dans la rivière. L'Ardèche devient alors une autoroute aquatique parsemée de myriades des taches oranges : des canoës qui font la descente.

Nous croisons régulièrement des cyclistes : ce sont les participants de l'Ardèchoise, une cyclo-sportive qui dure plusieurs jours. Voyant nos vélos chargés, certains nous encouragent.

La nature nous en a mis plein des yeux toute la matinée. A partir de Saint-Martin d'Ardèche, nous filons vers Pont-Saint-Esprit d'où nous longeons le Rhône. Nous passons près de centrales hydrauliques, puis le site nucléaire de Marcoule, l'un des dix centres de recherche du Commissariat à l'Energie Atomique. Nous repassons le Rhône sur un barrage pour filer vers la cité des papes.

Etape 10 : Un travail de Romain


Nous pédalons allègrement sans les sacoches. Nous nous arrêtons au lavoir non couvert de Theziers où une femme fait la lessive. Elle préfère frotter à la brosse les bleus de travail de son mari et ses fils en les étalant commodément au bord du lavoir plutôt que de les frotter préalablement à la main avant la mise en machine, comme les autres femmes du village.  

La route n'est pas bien longue mais comporte quand même une difficulté : la côte de Fournès. Nous corsons encore le trajet d'un crochet à Castillon-du-Gard. Nous complétons la visite du Pont du Gard, site reconnu par l'UNESCO, par le musée et la projection d'un film. On y apprend que l'eau était de la plus haute importance pour les Romains qui en consommaient plus par habitant que les actuels habitants de Nîmes.

L'aqueduc était utile à cette consommation à profusion et apportait en plus du prestige à la ville de Nîmes. Les techniques étaient remarquables pour l'époque afin d'apporter l'eau de loin et la faire circuler dans les thermes et les maisons. Les conduites en ville étaient en plomb, ce qui a donné le nom de "plombier" alors que le plomb est maintenant abandonné au profit du cuivre et des matières plastiques.

L'énorme et élégant ouvrage est toujours présent, 2000 ans plus tard, et les morceaux manquants ne sont pas dus à l'usure du temps mais aux moines du Moyen-Age qui s'en sont servis pour construire maisons et églises.

Nous roulons à vélo sur la partie basse du pont de la rive gauche à la rive droite, d'où la vue générale est la plus saisissante.

Etape 11 - Mistral gagnant ?


Le mistral souffle. Il fait froid. Nous enfilons en partant sous le ciel bleu nos gilets jaunes fluo à manches longues de la FFCT (Fédération Française de Cyclotourisme).

A Saint-Rémy-de-Provence, la visite des ruines romaines, appelées "les Antiques", nous transit par le vent qui semble encore fraîchir puisque nous ne sommes plus en plein effort. Nous admirons l'arc de triomphe et le mausolée des Jules. En repartant en direction des Baux-de-Provence, la montée est facile ; nous grimpons à 10, 11, 12 km/h sans effort grâce au mistral. La descente est problématique malgré un bitume parfait. Les bourrasques menacent de nous déséquilibrer si bien que nous n'osons pas aller vite.

Le village des Baux-de-Provence est fait de rues en pente et de maisons qui se pressent les unes contre les autres pour tenir sur un rocher escarpé. Le village est charmant, les boutiques nombreuses et les touristes du monde entier, transis eux aussi.

Entre Les Baux et Salon-de-Provence, nous totalisons 1000 km depuis Strasbourg. nous fêtons l'événement en dégustant une barquette de délicieuses cerises.

Le parcours devient de plus en plus difficile tant le mistral qui souffle, nous dira-t-on, à près de 100 km/h, nous pousse. Si nous bénéficions quelquefois de sa vigueur pour ne pas donner un coup de pédale, nous nous méfions beaucoup des bourrasques latérales. Les oliviers agitent leur chevelure en folie. Le bruit du vent est constant. A plusieurs reprises, je mords le bas-côté. Philippe me recommande de bien tenir mon guidon ! 30 m plus loin, un bruit. Je me retourne. Son vélo est couché dans le fossé, le guidon et la selle plus hauts que les roues. Philippe a sauté à temps et dévale les trois ou quatre mètres du fossé qui se termine dans un pré. Aucun dégât. Jusqu'à Salon, nous sommes obligés de poser pied à terre plusieurs fois tant la force du vent de face nous désarçonne.

Nous arrivons nerveusement usés malgré une étape assez courte. Notre mistral n'était pas gagnant !

Etape 12 - En Provence

Salon-de-Provence (B-du-Rhône) / La Sainte Baume (Var) : 94 km,  D 1365 m

La Crau produit la seule AOC destinée à l'alimentation animale : du foin de gray-grass pour les chevaux de course. Cette AOC est exportée jusque dans les Emirats du Golfe. Les foins ont déjà été faits et la nouvelle herbe ondule élégamment sans jamais se coucher sous le mistral.

Nostradamus est une vedette à Salon-de-Provence où il a réalisé son œuvre écrite et y est enterré : mur peint et statue.

Aix est une belle Provençale. Les places, grandes et petites, animées ou calmes, sont souvent agrémentées de fontaines. Une fontaine est dite moussue. Le centre est occupé par une structure ressemblant à un grand champignon vert couvert de plantes qui gouttent doucement. Les bâtiments ocre font notre émerveillement. Les étudiants remplissent les rues.

Entre La Bouilladisse et Auriol, la D 45 A nous laissera un souvenir durable. A peine carrossable par endroits, si étroite que deux voitures ne peuvent se croiser, elle est en bonne position pour remporter la palme de la pire route de notre périple. Pourtant, cette route est assez fréquentée et un grand bus scolaire l'emprunte

Depuis Saint-Zakarie, vers l'hôtellerie du massif de la Sainte-Baume, une petite route s'élève rapidement. Nous avons déjà 80 km dans les jambes. Le bitume est grossier et, de ce fait, pas très roulant. La forêt sent bon le pin. Des rochers gris émergent de la verdure des pentes environnantes. La montée semble bien dure pendant ces 8 km. Les jambes sont de plomb. Si le plus valeureux reste sur son vélo, la plus faible est obligée de mettre pied à terre, épuisée.

Heureusement, l'arrivée est en terrain plat jusqu'à l'hôtellerie du monastère. Nous y trouvons le calme et le repos dont nous avons besoin au milieu de la montagne.

Etape 13 - "La mer qu'on voit danser au fond des golfes clairs"

La Sainte Baume (Var) / Marseille (Bouches-du-Rhône) : 84 km, D 1143 m

La montée du col de l'Espigoulier (728 m) est un régal pour les yeux et les narines. La montagne s'élève en hautes falaises grises. Les pentes sont habillées du vert des chênes-verts, des résineux, des buissons et des genêts fleuris. Leur odeur rappelle celle du tilleul et embaume la route. Depuis le col apparaît "la mer qu'on voit danser au fond des golfes clairs". La descente est une succession de lacets dans un paysage de carte postale. Arriver au col de l'Ange n'est pas bien difficile mais ce n'est que le début d'une montée qu'on trouve longue quand on s'attend à de la descente.

La Ciotat est sous son meilleur jour. La Méditerranée est toute bleue. Les bateaux de plaisance se pressent dans le port. La sortie de La Ciotat est une terrible pente à trois chevrons sur carte Michelin. Qui est donc cette cycliste qui pousse son vélo sous le soleil de plomb en suant sang et eau ? Hélas moi. Dès que nous pédalons, plusieurs automobilistes nous encouragent avec le pouce levé. La vue sur La Ciotat est idyllique et le panorama à cap Canaille est un pur émerveillement : une falaise très haute au dessus de la mer bleue et brillante, des bateaux tout petits en bas, d'autres falaises vertes, rouges et grises qui tombent dans la mer.

La marche à pied n'est pas terminée. La descente sur Cassis est annoncée à 30 %. Je ne pourrais pas m'arrêter en cas de besoin. Je marche donc en freinant pendant que Philippe s'y risque avec succès.

Que d'efforts et de sueur, mais quel spectacle cette journée nous a offert !

Etape 14 : Tous les étangs ne se ressemblent pas


Traverser Marseille de bout en bout par la corniche et le vieux port en faisant un petit signe à Notre-Dame de la Garde nous prend deux heures. Les quartiers nord, pauvres, aux nombreux magasins abandonnés, sont sans doute la route la plus courte mais la pente est constante, ponctuée de feux rouges. Quand apparaît le panneau de fin de Marseille, nous sommes ravis mais la pente continue.

Avant Martigues, le long de l'étang de Berre, des réservoirs diffusent une odeur d'hydrocarbures. L'étang de Berre est un étang salé relié à la mer par une étroite passe. A Martigues, un pont basculant coupe momentanément la route pour permettre aux voiliers d'aller en mer ou d'en revenir. Les thons fréquentent à nouveau ses eaux après en avoir été longtemps absents. L'étang abrite des ports, dont celui de Martigues, une petite ville appelée la Venise provençale. Les lauriers fleuris et les palmiers y trouvent un climat idéal.

La superficie de l'étang de Berre est de 155 km2, soit environ la moitié de la superficie de la Communauté Urbaine de Strasbourg. Pour un étang, c'est un bel étang où l'eau clapote et sent la mer. L'autre rive est très loin vers l'horizon. On pourrait le qualifier de lac. Nos étangs du Sundgau, dans le sud de l'Alsace, ont plutôt la taille de mares aux canards, voire de grandes flaques dont certains ne font pas 100 m2. Et pourtant ils sont appelés étangs eux aussi.

Après Martigues et Istres, et jusqu'à Arles, la Crau est sillonnée de canaux d'irrigation et de fossés profonds où l'eau coule rapidement. Sans cette eau dont une partie vient de la Durance, la Crau serait bien pauvre. Mais ici, tout est vert et nous apprécions les allées de platanes qui nous offrent une ombre bienfaisante.

Halte à Arles

Repos complet pour les vélos. Arles mérite une halte tant elle est riche de monuments romains. Son amphithéâtre est utilisé aujourd'hui pour les courses de taureaux et les corridas mais aussi les concerts.

L'église St-Trophime possède un magnifique portail. Quant à l'hôtel de ville, les amateurs peuvent admirer le plafond de la salle des pas perdus du XVIIIe siècle, un chef d'œuvre de maçonnerie construit en pierre blanche. Il est vouté à partir de chaque porte et de l'escalier. Les extrémités des arêtes des parties voutées se rejoignent par des pierres taillées en Y. La maçonnerie ne comporte pratiquement pas de mortier. Nous nous sommes laissé dire que les compagnons du Tour de France (un autre tour) viennent pour le contempler.



La grande exposition actuellement à Arles est celle de César. Récemment un buste en marbre blanc a été trouvé dans le Rhône. Il fait partie d'importantes découvertes aquatiques puisqu'Arles était un port très actif à l'époque romaine. Ce buste est criant de vérité et selon les spécialistes étonnamment ressemblant. César semble prêt à parler. Auguste est aussi présent par un grand buste moins bien conservé mais très beau.


Etape 15 - Taureau ailé


Des taureaux, des oiseaux, du riz... et des petites misères. Les rizières de la Camargue miroitent légèrement au soleil et sont vertes des plants de riz d'une trentaine de centimètres. Actuellement, la riziculture domine avec près de 20 % du territoire camarguais exploité. Les vignes sont nombreuses. Par endroits, de très hauts roseaux nous font une haie. Des taureaux à notre approche s'éloignent rapidement à l'inverse des vaches débonnaires qui habituellement nous observent. Un couple de cigognes a fait son nid sur une tour. Des aigrettes picorent dans les rizières. Plus loin des échasses blanches (en réalité noires et blanches) se nourrissent elles aussi. Au Grau-du-Roi, nos vedettes s'appellent flamants roses. Ceux que nous avons tout loisir d'observer se trouvent presque au bord de la route à grande circulation. Ils pêchent en raclant le fond de l'eau avec leur gros bec. S'ils ne sont pas sur une patte, ils tournent en rond en grattant le sol pour en extraire leur repas

Aigues-Mortes est une petite cité charmante entourée d'une enceinte complète percée de portes majestueuses, d'où Saint-Louis est parti en croisade. A partir d'Aigues-Mortes, nous avons projeté de suivre le bord de mer jusqu'à Sète pour profiter de la mer et de l'air marin. Du Grau-du-Roi à Palavas-Les-Flots, nous pédalons 17 km sans voir la mer. La route en est séparée par une dune ou par des maisons sans charme.

Avant Carnon-Plage, une fois de plus, la DDE (l'ex-DDE) fait preuve d'une ignorance rare vis à vis des cyclistes. La route du bord de mer est à cet endroit dédoublée. La partie le long de la mer est en sens interdit. Les véhicules sont détournés vers la droite. Quelques centaines de mètres plus loin, la direction du sud vers Sète est strictement interdite aux vélos... et nous souhaitons aller à Sète, ou alors nous sommes autorisés à reprendre la direction du nord d'où nous venons. Il ne nous reste plus qu'à revenir au sens interdit et à prendre la partie réservée aux piétons ! A la gendarmerie de Palavas-les-Flots, nous sommes écoutés avec gentillesse mais les gendarmes ne veulent pas intervenir auprès de la DDE car ce n'est pas leur secteur et nous recommandent de faire nous-mêmes la réclamation.

Les techniciens de la DDE ne devraient être autorisés à exercer leur métier sans avoir fait un minimum de 500 km à vélo sur diverses routes ou alors être déjà licenciés de la Fédération de Cyclotourisme, ou de la Fédération de Cyclisme ou encore de la Fédération des Usagers de la Bicyclette.

Le reste du parcours nous réserve encore quelques mauvaises surprises. Le chemin de halage entre la mer et le canal du Rhône à Sète est soit disant très bon mais non bitumé et nous évite la grande route. Le chemin n'est pas très bon mais nous offre la possibilité de nous remplir à plein poumons d'air marin qui nous fouette de face le visage pendant 8 km et ralentit grandement notre allure. Le retour sur la grande route n'est apprécié que quelques instants tant la circulation est dense. L'énervement monte d'un cran quand un automobiliste trouve drôle de faire un écart pour nous frôler à vive allure en klaxonnant. Frontignan, célèbre pour son muscat, restera pour nous célèbre pour l'état de sa route principale truffée de trous, de bosses, de tranchées mal réparées.

Sète est une jolie ville construite sur une île entourée de quais, de chalutiers, de bateaux de plaisance. Les rues calmes et ombragées sont une bénédiction sauf quand elles grimpent sans un lacet et qu'il faut mettre pied à terre pour atteindre l'Auberge de Jeunesse d'où l'on a un magnifique point de vue sur la ville.

 

Etape 16 - Comme les coureurs du Tour de France


Pour aller de Sète à Port-la-Nouvelle, deux possibilités sont offertes : l'autoroute ou la route nationale. Un point, c'est tout. Pas très adapté pour les cyclistes.

La décision est prise de faire du saute-mouton comme les coureurs du Tour de France qui font des parcours en voiture ou en avion. Ceci nous évitera environ 90 km. Le TER (train express régional) est tellement bondé que nous sommes obligés de détacher mes sacoches pour tenir moins de place et finalement réussir à monter.

Nous pédalons ensuite en contemplant la mer. Le village de Port-Barcarès est constitué de grands immeubles de vacances relativement harmonieux. Volontairement ensablé quand le village a été créé, le paquebot Lydia, transformé en casino et en restaurant, sert de repère. Première baignade dans la Méditerranée. Repas et hébergement pratiquement les pieds dans l'eau chez des amis qui possèdent un petit appartement au rez-de-chaussée devant la mer.

Etape 17 - Le Sud du Sud


Certaines routes importantes comportent depuis les Bouches-du-Rhône une large bande cyclable de bonne qualité. Nous nous y sentons en sécurité et avançons vite, surtout un dimanche tôt le matin. Des pistes cyclables existent aussi de temps à autre mais elles sont mal signalées. Il arrive que l'on pédale sur la route principale et que l'on aperçoive la piste qui est alors inaccessible à cause d'un fossé profond ou d'une clôture.

Collioure est une jolie petite cité avec un énorme château et des maisons catalanes autour d'une anse. C'est jour de marché et l'endroit est très animé. D'une localité à l'autre, ça monte et ça descend pour aussitôt remonter et redescendre. Le spectacle de la mer et des criques en contrebas est permanent. Nous sommes sur la côte vermeille. Nous passons Banuyls et son vin réputé, sans le goûter, et Port-Vendres, sans grand intérêt si ce n'est sa situation dans une crique. Régulièrement, nous apercevons la ligne de chemin de fer qui relie la France à l'Espagne, via Cerbère. Cette petite ville est un poste frontière avec "gare internationale". Les rails disparaissent et réapparaissent régulièrement, la ligne empruntant des tunnels.

Quelques cactus à raquettes à fleurs jaunes poussent, sauvages en bord de route. Décidément, c'est le Sud, le grand Sud.

A Cerbère, une halte bien méritée pour un rafraichissement nous donne l'occasion de voir arriver un cycliste. Il finit le parcours Hendaye/Cerbère, plus de 700 km avec plusieurs cols importants dont le Soulor et le Tourmalet en une semaine. Il s'est lancé ce défi pour fêter son 70e anniversaire. Nous sommes les premiers à le féliciter et lui faisons part de toute notre admiration.

Nous reprenons la même et seule route pour revenir à Argelès, ce qui nous permet de profiter encore mieux du panorama car nous sommes cette fois du bon côté de la route.

Etape 18 - Tramontane et montagne


Quand nous quittons le littoral vers Saint-Cyprien et bifurquons vers l'intérieur des terres, la tramontane ne nous épargne pas. Nous pédalons avec le vent de face. Les vergers d'abricotiers et de pêchers bordent les routes. A Bages, nous nous émerveillons du bitume sans trous, sans bosses et sans ondulations qui est notre lot quotidien dans cette région. Depuis l'Ardèche, en passant par le Var, nous avons pesté contre l'état calamiteux des rues dans les villes et communes. C'était une succession de fissures, de plaques d'égout qui dépassent ou qui sont dans des trous. Ce n'est pas de la réparation, encore moins de la réfection, c'est du rafistolage. La traversée de Bages est donc un régal inhabituel pour les cyclistes d'autant plus qu'une rue est bordée de chaque côté de palmiers trapus et au milieu de palmiers plus sveltes. Un rond-point à la sortie du village est planté sur les côtés et en son centre de lauriers roses, blancs et rouges dont certains ne sont plus que des boules de fleurs qui tombent jusqu'au sol.

Après Millas, centre du Haut-Roussillon, où est produit le vin des Corbières, les stridulations des cigales et des grillons offrent un concert ininterrompu. Des cactus fleurissent, quelques agaves d'un vert bleuté et des broussailles couvrent les pentes. Le col de la Bataille à 265 m est assez pénible car la température est de 40° vers midi.

La montagne est tantôt grise piquetée de vert, tantôt verte piquetée de gris. Nous sommes en pays cathare et apercevons le château de Quéribus, perché sur une dent rocheuse. Les quelques nuages ne se décident pas à nous venir en aide en couvrant le soleil. La route vers le château de Quéribus se fait en plusieurs étapes tant la pente est rude. Pause avant le passage à deux chevrons et pause juste après. On repart ; la route continue à s'élever régulièrement et nous avons l'impression d'être en parapente tant la route est au bord de l'abrupt.

Cucugnan est une petite localité qui doit sa célébrité à Alphonse Daudet. Dans les savoureuses "Lettres de mon Moulin", le curé du village imagine un stratagème pour faire revenir ses paroissiens à l'église. Tout près de là, le village de Duilhac est bâti en contrebas d'un autre château cathare, Peyrepertuse, dont on a du mal à distinguer les murs tellement ils se confondent avec le haut de la montagne. Le village bénéficie du tourisme grâce à son château. De plus, un chemin des châteaux cathares a été créé et passe par le village. Ce chemin est réputé beaucoup plus physique que celui du chemin de Compostelle car il va de château en château, donc de sommet en sommet.

Etape 19 - En pays cathare


La route à partir de Duilhac contourne le château, ce qui nous permet de l'admirer sous un angle différent. Dès le départ, la route qui serpente nous oblige à fournir un effort conséquent. La végétation est variée et sauvage. Les genêts en fleurs ajoutent une touche lumineuse au vert profond de la garrigue. Leur parfum embaume notre route.

Les vaches qui avaient disparu de notre paysage réapparaissent mais dans un troupeau d'une race qui nous est inconnue. De robe blanche, avec un reflet gris, les oreilles, la queue et les cornes bordées de noir, ces vaches ont la silhouette fine. Les cultures céréalières commencent à faire des taches jaunes. Les calvaires, disparus eux aussi, jalonnent quelques croisements. Quant à la vigne, elle devient plus rare.

Nous quittons l'Aude et la région Languedoc-Roussillon pour l'Ariège et la région Midi-Pyrénées. Il fait toujours très chaud. Nous pratiquons depuis deux jours la vieille technique des coureurs pour lutter contre la chaleur : nous mouillons notre maillot et notre sous-vêtement entièrement au point d'eau que nous trouvons, par exemple un cimetière. Nous n'oublions pas les cheveux et repartons en bénissant la moindre brise qui augmente la fraîcheur. L'évaporation est effectivement rapide, si bien que nous conservons une bouteille d'eau supplémentaire pour un arrosage régulier.

Nous visitons le centre médiéval de la petite cité de Mirepoix où nous faisons étape. Les "couverts" sont de larges allées couvertes aux piliers de bois sous de vieilles maisons à colombages bien différents de ceux que nous connaissons en Alsace. Une halle, de style Baltard, occupe le centre de la place. Ici pas de rues tortueuses. Mirepoix est une bastide au plan carré avec des rues qui se coupent à angle droit.

Etape 20 - La vie en gris, la ville en rose


La journée a très mal commencé pour un malheureux blaireau adulte. A quelques kilomètres de Mirepoix, il a été fauché par une voiture et gît dans l'herbe les quatre pattes en l'air, mort. Le sang est à peine coagulé sur son museau. C'est le premier animal de cette taille que nous voyons mort. En Alsace et particulièrement en Franche-Comté, nombre de hérissons ont payé de leur vie leur ignorance du code de la route. En Provence, ce sont les lapins qui passent sous les roues des voitures. En Camargue, les oiseaux semblent être les principales victimes de la circulation automobile. Quant à nous, nous avons sur la conscience quelques limaces et quelques scarabées.

Un grand et magnifique champ d'oignons attire notre attention. Les plants s'élèvent à près d'un mètre de haut et portent des fleurs rondes et blanches. Certaines fleurs dépassent les autres d'une vingtaine de centimètres. Ce sont les fleurs mâles qui vont polliniser les fleurs femelles grâce aux abeilles qui sont déjà au travail. Une fois les fleurs fécondées, des graines vont se développer. Le producteur va alors couper chaque fleur qu'il fera sécher pendant trois semaines avant de l'égrener. Ces graines seront vendues à un semencier. L'oignon ne sera pas utilisé. Dans un autre champ, l'agriculteur s'active à désherber un grand carré d'oignons. Les oignons vont bientôt grossir et sont destinés aux cantines scolaires. Ces légumes n'ont pas le label "agriculture biologique" mais agriculture raisonnée

Pour cet agriculteur, la saison a réservé quelques mauvaises surprises. Une chute de neige de 80 cm début mai a anéanti les colzas. Les champs sont maintenant jaunes avec ce qui semble de l'herbe brouillonne ne portant aucun fruit. Un autre agriculteur au même endroit avait protégé ses 2500 pommiers avec des filets anti-grêle. La neige très lourde tombée sur les filets a brisé les branches. Pour lui, la perte de la récolte 2010 est totale et en plus les arbres sont à replanter.

Les moissons commencent. Dans la région, beaucoup de blé dur est planté pour la fabrication des pâtes et des semoules. Les tournesols montrent leurs têtes aplaties, pour certaines déjà jaunes

A Cintegabelle, l'église en briques est fermée. Elle est connue des spécialistes pour ses orgues. La modeste localité est renommée aussi parce que Lionel Jospin en a été conseiller général dans les années 90.

L'Ariège, puissante rivière passe à Cintegabelle sous un grand pont de briques. La rivière poursuit sa course vers la Garonne qu'elle rejoint quelques kilomètres avant Toulouse. Nous aussi, nous rejoignons Toulouse, la ville rose pour une pause de quelques jours.

Repos en famille pour quelques jours après plus de 1800 km.
Départ vers le sud-ouest le mercredi 7 juillet 2010

Etape 21 - Au pays du foie gras


La limite entre la Haute-Garonne et le Gers nous offre une petite route en balcon. La campagne est riante avec des champs verts, des champs jaunes, des arbres en bouquets, des bosquets et à notre gauche la chaîne des Pyrénées chapeautée de neige par endroits.

Simorre nous donne un coup au coeur. L'arrivée dans ce village par l'est est surprenante car un édifice imposant émerge des maisons du village. C'est l'église fortifiée toute de briques, pareille à un château-fort.

Vous dites la Star Ac ? Oui, c'est l'Astarac ici, un comté dont la capitale était Mirande. Rien à voir avec la célèbre émission de télé. Monties, un village de 80 habitants, perdu dans l'Astarac, est notre destination où nous bénéficions d'une vue splendide sur la chaîne des Pyrénées avec le Pic du Midi. Notre hôtesse élève des canards pour le foie gras. Les canards mâles (des mulards) sont achetés à deux mois, puis gavés avec du maïs trempé dans de l'eau. Au début, le gavage se fait une fois par jour en quantité modeste puis les canards sont nourris deux fois par jour en quantité plus importante. Leur sort est scellé douze jours après et les gaver trois jours de plus, selon la fermière, est inutile car les foies sont plus gros mais plus gras et fondent alors dans la poêle.

Dans la poêle justement, ceux qui nous dégustons tièdes en tranches épaisses après une cuisson d'une demi-heure, sont un régal servi avec du melon, comme cela se fait couramment ici. Le repas se poursuit avec du canard rôti et des pommes de terre sautées dans la graisse de canard.

Repas de Noël, repas de fête pour nous. Il n'y a plus de saison !


Le ciel est bleu, la température très agréable et nous démarrons par une descente. Tout pour plaire. Très rapidement, malgré l'heure matinale, il fait chaud et les très nombreuses stations de ce qui se révèlera un chemin de croix commencent. La D632 qui va d'est en ouest est d'excellente qualité pourtant et la circulation automobile négligeable. Après la montée vers Thermes Magnoac, la très belle descente est un bonheur pour cyclotouriste : un joli paysage, du bon bitume, une route large où l'on peut se laisser glisser sans se crisper sur les freins à l'inverse des très petites routes, où l'on reste les yeux rivés sur la chaussée, les doigts presque tétanisés.

La chaîne des Pyrénées, à notre gauche, nourrit de nombreuses rivières, dont le Gers, un gros ruisseau après Thermes, que l'on traverse au fond d'un vallon que l'on remonte.

Comme la chaleur devient de plus en plus forte, nous devenons visiteurs de cimetières pour faire le plein, le plein d'eau, et nous mouiller copieusement. Les stations se font en haut de chaque côte. Après 50 km, la fatigue est déjà grande et il en reste encore autant à parcourir. Les montées sont de plus en plus raides (voir la carte Michelin) et donc plus difficiles même si elles sont plus courtes.

Avant Tarbes, mes stations s'effectuent en plus au milieu des côtes, quand quelques mètres d'ombre à gauche de la chaussée peuvent apporter un semblant de fraîcheur, car le côté droit est toujours en plein soleil. Le casque protecteur de l'insolation tient chaud, les lunettes aussi, le maillot mouillé est chaud dans le dos.

Afin d'éviter le plus longtemps possible la D937 entre Bagnères-de-Bigorre et Lourdes, nous empruntons une petite route qui a le gros inconvénient de monter très haut puis de redescendre et remonter ensuite. Les jambes me manquent, le cœur aussi. J'enlève le casque, les lunettes. Un arrêt très prolongé est indispensable. Plus loin, je termine lamentablement une côte en poussant le vélo.

Heureusement et contre toute attente, la D937 que nous nous décidons à prendre est en descente jusqu'à Lourdes. L'orage menace, la chaleur est piquante. Le panneau "Lourdes" me tire un soupir de soulagement. La courte pluie devant la basilique est une bénédiction.

Halte à Lourdes 15 km

Jour de repos indispensable et imprévu après l'éprouvante étape d'hier au cours de laquelle nous avons passé les 2000 km. Le ciel est uniformément gris et la température d'environ 25°C. Un changement radical et bienfaisant

La grotte de Massabielle où Sainte Bernadette a vu la Vierge est un lieu de recueillement. Des pèlerins en file incessante passent le long de la paroi de la grotte, derrière l'autel de pierre qui a été érigé, puis de l'autre côté en touchant religieusement le rocher. La file est particulièrement bien organisée avec des barrières et des personnes qui surveillent afin que tous avancent à peu près à la même allure et soient respectueux du lieu. D'autres prient devant la grotte plus simplement assis, certains sont à genoux sur les dalles. Une file de malades et d'handicapés dans des fauteuils roulants est particulièrement émouvante.

Plus loin, des centaines, peut-être des milliers de cierges brûlent. Certains sont les plus gros que j'aie jamais vus (20 kg). Ils sont décorés et souvent le nom des donateurs y est inscrit. Les pèlerins italiens semblent majoritaires. En ville aussi, les magasins et les restaurants italiens sont très nombreux. Depuis de nombreuses décennies, selon une Lourdaise, les Italiens et le Vatican ont acheté quantités d'hôtels et de commerces. Elle parle même de la Mafia. Dans plusieurs endroits, en grandes lettres, on voit "negozio italiano", sans doute pour attirer la clientèle nationale très nombreuse.

La ville se préoccupe des fauteuils roulants car beaucoup de trottoirs ont été abaissés au niveau de la chaussée et la limite est faite très doucement. C'est apprécié par les cyclistes qui apprécient moins qu'aucun arceau ne soit prévu nulle part. Les vélos sont même strictement interdits dans le parking près de la basilique. Nous les attachons à côté de motos qui encombrent un peu un trottoir.

On peut venir en train, en bus, en voiture, en avion à Lourdes mais l'éventualité du vélo n'est pas encore venue à l'idée de la municipalité.

Etape 23 - Chiroulette, c'est chouette


Dans le Sud-Ouest, toutes les lettres des noms sont prononcées. Ainsi Monties se prononce "Montisse" et Chiroulet "Chiroulette". L'accent chantant du Sud est présent avec des variantes depuis l'Ardèche. Dans le Gers, nous entendons "ceuillère" pour cuillère. Les magasins fournissent des "poches" en plastique mais pas de sachets.

Le temps très couvert nous décourage de suivre le programme prévu, c'est-à-dire de monter au cirque de Gavarnie. Une autre destination moins en altitude mais aussi en cul-de-sac est décidée : Chiroulet. C'est un site choisi par la Fédération Française de Cyclotourisme pour l'obtention de brevets. Nous pédalerons sur la même distance mais moins haut, là où la brume nous gênera moins.

La D937 vers Bagnères-de-Bigorre, empruntée pour arriver à Lourdes lors de l'étape précédente, est à nouveau sur notre parcours car nous sommes exceptionnellement obligés de revenir sur nos pas. Le parcours se fait sans les sacoches. Bagnères-de-Bigorre est une station thermale réputée pour lutter contre les rhumatismes, les problèmes respiratoires et le stress. L'inévitable casino est proche des thermes afin de divertir les curistes et les délester de leur argent.

A quelques kilomètres, une petite route s'engage dans la vallée de Lesponne. Le ciel s'est complètement dégagé. Le Pic du Midi de Bigorre et le Pic de Montaigu ferment le fond de la vallée. De chaque côté les pentes verdoyantes descendent jusqu'à la rivière invisible à nos yeux. Les hameaux se succèdent. Une jument et son poulain mangent de l'herbe au bord de la route. Dans les petites vallées, les chevaux sont fréquemment laissés en liberté, comme les vaches de diverses couleurs qui se gavent de la bonne herbe des hauteurs.

Chiroulet, à 1060 m, se résume à deux hôtels-restaurants et une habitation. Une petite station hydroélectrique ronronne. C'est le point de départ pour de belles balades en montagne, dont celle du lac bleu à 1944 m.

Un cadran, dit analemmatique, permet de connaître l'heure au soleil. Selon la période de l'année, on se place à l'endroit indiqué où l'ombre se porte en direction de petites colonnes qui indiquent l'heure.

L'air est frais, l'herbe humide, la mousse verte dans le sous-bois. Des sources multiples descendent dans la vallée. Une petite sieste au son des cloches des vaches est un moment de bonheur pyrénéen. Chiroulet, c'est chouette.

Etape 24 - Palette de vert, palette de gris


Dans les Pyrénées, les rivières s'appellent des gaves. Le Gave de Pau, coule vite. Sa couleur hésite entre le vert bleuté des torrents de haute montagne et le vert profond des rivières de plaine.

Les grottes de Betharram sont une symphonie dans les ocres. Elles sont ouvertes au public depuis plus de cent ans. De vastes salles avec stalagmites et stalactites se succèdent de plus en plus bas jusqu'à une rivière souterraine. Le trajet se fait en partie dans une faille où des blocs gigantesques se sont écroulés, puis dans un petit train qui fait la joie des petits et même des grands.

Dans les Pyrénées Atlantiques, une nouvelle région administrative commence : l'Aquitaine. C'est aussi le Béarn, une ancienne province qui couvre les deux tiers du département. Le gris est partout. Les toitures des maisons sont grises, généralement en ardoise. Le ciel est gris très doux, le bitume est noir. Peu de cultures jalonnent notre route car c'est une région d'élevage. La verdure des prés et des quelques champs de maïs répond aux verts des différentes essences d'arbres.

Oloron-Sainte-Marie est aussi une ville aux différentes teintes de gris. La cathédrale au très beau clocher-porche roman fait exception car elle est construite dans une belle pierre blonde. Une course régionale dans le centre de la ville nous permet d'admirer les coureurs qui passent à très vive allure et prennent de gros risques dans les virages du circuit en plein centre ville. Oloron est divisée en quartiers qui s'étagent sur des collines aux rues abruptes si bien, qu'une fois de plus, je termine en poussant mon vélo jusqu'à la place Saint-Pierre, point final de notre étape. 

Etape 25 - Chacun sa route, chacun son chemin


L'Hôpital-Saint-Blaise est la première localité basque après le Béarn. C'était un lieu d'étape pour les pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle. L'église romane est construite sur un plan en croix grecque. La coupole à huit pans bordée de nervures croisées en étoile et les claires-voies géométriques de pierre des fenêtres rappellent l'art musulman. C'est en effet un des rares témoins de l'art hispano-mauresque au nord des Pyrénées.

A partir de Musculdy commencent les cinq kilomètres de montée au col d'Osquich à 495 m. Même si le temps est couvert, il fait très chaud et les gouttes de sueur nous tombent du menton. Cependant pour nous encourager, des panneaux indiquent la distance à parcourir et le pourcentage. Pour démarrer, il faut donner de sérieux coups de pédale puisque le pourcentage est à 7,5 % pendant un kilomètre. Ensuite, la pente est moins raide et on se croit au bout de ses peines mais un autre panneau annonce 7 % : on pédale, on pédale, puis le col approche en pente douce. Un panneau final des Pyrénées Atlantiques félicite les cyclistes pour cette ascension. Nous passons de la Basse-Navarre au Pays de Soule, deux des trois régions basques françaises. Plus loin, commencera le Labourd, la troisième région basque.

D'Oloron à Saint-Jean-Pied-de-Port, les très nombreux panneaux de la route du fromage Ossau-Iraty invitent à aller visiter les fermes des environs où se fabrique ce fameux fromage de brebis, fierté de la région.

Saint-Jean-Pied-de-Port est encore fortifiée. Ici convergent les chemins de Compostelle venant de Tours, Vezelay, Le-Puy-en-Velay et Arles. Les pèlerins modernes y affluent encore et trouvent toujours un refuge dans cette ville baignée par la Nive, avant de continuer leur chemin.

Etape 26 - Ici, les Pyrénées sont Atlantiques


Qui dit Pays Basque dit pelote basque. Chaque village a son fronton pour ce jeu. Les hôtels ou les restaurants s'appellent "à la chistera", le panier long accroché au bras pour rattraper la pelote. D'autres s'appellent "au trinquet", rien à voir avec trinquer, il s'agit du fronton couvert.

Itxassou est un petit village typique et la capitale de la cerise du pays basque. Pour la prononciation, un peu de basque est à connaître. En effet, en basque, le x se prononce ch, Itxassou se prononce donc "itchassou".

La station de Cambo-les-Bains soigne par ses eaux et son bon air des Pyrénées les maladies respiratoires. La ville s'appelait tout simplement Cambo mais a obtenu en 1897 le droit d'ajouter "les-Bains" pour se donner plus de lustre. Du lustre, elle n'en manque pas avec la Villa Arnaga, magnifique propriété conçue par Edmond Rostand qui était tombé amoureux de la région. Grâce au succès de sa pièce, Cyrano de Bergerac, il a pu se faire construire cette villa de type basque aménagée avec des parquets magnifiques, des boiseries somptueuses et des peintures. Dans le prolongement du grand jardin à la française, l'horizon est barré par la chaîne des Pyrénées. Des souvenirs de l'écrivain et de sa femme, Rosemonde Gérard, poétesse de renom, et leurs deux enfants y sont conservés. Gérard Depardieu a fait don au musée de son Molière reçu pour son interprétation de Cyrano. L'un des fils du célèbre auteur, Jean Rostand, a été écrivain et scientifique, spécialisé dans la génétique et a donné son nom à nombre de lycées et de collèges.

Des amis viennent à notre rencontre pour rejoindre Anglet par des pistes et des petites routes où l'on peut voir des champs de piment d'Espelette, qui a obtenu le label AOC. Jean et Michelle en un parcours plein d'astuces nous font découvrir le meilleur de Bayonne, la chambre d'amour d'Anglet, le rocher de la Vierge à Biarritz ainsi que les vagues impressionnantes à marée montante. Ici les Pyrénées sont vraiment atlantiques.

Etape 27 - Jamais aussi loin de chez nous


Depuis notre départ de Strasbourg et après 2 350 km, nous avons atteint le point le plus éloigné de chez nous. La progression du nord-est au sud-ouest se termine à Biarritz. L'itinéraire prend la direction de la maison par un chemin buissonnier de plusieurs milliers de kilomètres.

Jusqu'à présent, le mauvais temps et les ennuis mécaniques nous ont été épargnés. Ceci n'empêche pas quelques désagréments car l'un et l'autre à la longue sommes un peu sensibles du postérieur et les jambes sont lourdes quelquefois en fin de journée.

En cyclotouristes consciencieux, nous goûtons les spécialités locales, surtout si elles sont préparées par des amis basques. L'axoa (à prononcer achoa) est une recette typique faite de veau haché menu, cuit avec des oignons blondis, puis avec des poivrons verts et des carottes auxquels sont ajoutés à la fin des pommes de terre. Le tout est servi avec un peu de bouillon de cuisson.

Le gâteau basque est fourré de marmelade de cerises ou de crème pâtissière parfumée à l'amande. Afin de prétendre à une "expertise d'usage", comme on dit dans certains milieux, il est nécessaire d'essayer les deux recettes déclarées ex-æquo car nous ne pouvons donner notre préférence.

Après Bayonne et son jambon dont la réputation n'est plus à faire, Hossegor, plus au nord, peut être aussi une halte gastronomique. Le long du lac, des ostréiculteurs proposent des huitres à déguster à toute heure au comptoir de cabanes avec un verre de vin. La ville, en plus d'une belle plage renommée pour le surf, attire les vacanciers par son lac où la baignade est plus calme que côté océan.

Mimizan, quant à elle, fait la part belle côté rivage au sable, au soleil et à la mer. Mimizan-Bourg nous accueille par une odeur pestilentielle entre un produit désinfectant et une fosse septique. L'explication se trouve entre le bourg et la mer : une grosse usine, Gascogne Paper, qui fonctionne ce 14 juillet. Une montagne de copeaux de bois est visible à côté d'installations vétustes.

Non loin de là, une basilique en brique du XIIe siècle en partie en ruines était une halte sur la route du littoral pour les pèlerins, qui faisaient des centaines de kilomètres à pied, loin de chez eux pour atteindre Compostelle.

Etape 28 - Jeu de pistes


De Mimizan-Plage à Mimizan-Bourg à travers la forêt de pins, la piste cyclable monte et descend car il faut couper le cordon littoral entre la mer et les terres. De là, la piste va vers le nord sans beaucoup de dénivelé. Au fur et à mesure que la température s'élève, l'odeur des pins se fait plus forte.

La forêt de rendement a l'avantage de faire varier un peu le paysage forestier de chaque parcelle. Les pins qui arrivent à maturité, vers 60 ans, sont moins nombreux car les arbres les moins beaux ont été coupés il y a plusieurs décennies pour permettre aux spécimens les plus intéressants de bénéficier de toute la lumière et la place dont ils ont besoin. A leurs pieds, des ajoncs, encore fleuris, du houx et surtout des fougères occupent le sous-bois. D'autres parcelles sont à des stades intermédiaires, avec des arbres allant de moins d'un mètre à des arbres dans l'adolescence. D'autres parcelles encore sont en coupe rase qui laisse pour un temps à une faune et une faune différentes la possibilité de se développer.

Les 96 km de l'étape se déroulent presque entièrement sur des pistes en général de bonne qualité. A partir de Biscarosse, la piste serpente, coupe et recroise d'autres pistes ; les panneaux nécessaires deviennent si rares que nous nous égarons et faisons des kilomètres supplémentaires. C'est un jeu de pistes sans indice sauf à demander des informations aux autres cyclistes.

Pour se rendre à la dune du Pyla, les pistes épousent un relief accidenté qui atteint parfois des pentes à 10 %. Qui osera encore prétendre que pédaler dans les Landes, c'est facile ? La dune du Pyla est impressionnante avec presque trois kilomètres de long. La montée au sommet offre une vue imprenable sur la forêt que l'on domine du haut de 104 m. De l'autre côté, on aperçoit le Cap Ferret et l'océan qui brille au soleil.

Nous pourrons dire désormais : nous avons marché sur la dune !

Etape 29 - Des citoyens à part entière


Arcachon se révèle sous son meilleur jour. Au 19e siècle et au début du 20e, les aristocrates et les nantis séjournaient dans des villas bourgeoises. Un soleil tendre nous caresse en ce début de matinée sur la jetée où des touristes à pied ou à vélo embarquent pour l'île aux oiseaux au milieu du bassin d'Arcachon.

Nous quittons le sable fin pour faire en grande partie le tour du bassin en empruntant d'abord la route. Puis un panneau nous indique la direction de la piste cyclable vers le nord. C'est la première fois que l'on trouve une telle indication car, d'habitude, il faut chercher, quelquefois laborieusement, le chemin. Sur cette piste qui a d'abord le titre de D802, les cyclistes relégués au rang de citoyens de deuxième classe retrouvent leur statut de citoyens à part entière et donc leur dignité. Des panneaux indiquent les directions, le nombre de kilomètres jusqu'au prochain village, comme sur les autres routes.

De très nombreux cyclistes fréquentent ces pistes. Certains sont lourdement chargés avec des sacoches à l'avant et à l'arrière. Les charrettes à bagages ne sont pas rares. Des familles, papa, maman et les enfants, pédalent en chœur. De nombreux groupes de quatre ou cinq filles voyagent aussi tandis que les garçons voyagent plutôt seuls. A tous ces cyclistes au long cours se joignent des cyclistes pour de petites balades, souvent sur des vélos de location.

Andernos-les-Bains, grouillante d'activité avec des vacanciers, compte de nombreux ostréiculteurs. Le petit port ostréicole est pratiquement désert mais une cabane propose des huîtres qui ne feront que dix pas entre leur bassin et notre assiette. Nous consommons les produits du terroir.

Repos à Bordeaux Vélos au garage

Bordeaux est une halte non prévue au programme initial. Les étapes précédentes ont été fatigantes et une journée sans pédaler sera utile pour récupérer totalement.

Nous empruntons les transports publics, et plus exactement le tram, quasiment identique à celui de Strasbourg. La ville depuis quelques années a retrouvé sa splendeur du siècle des Lumières, du temps où son commerce était florissant. Au XVIIIe siècle, Bordeaux était le deuxième port mondial après Londres. Les bâtiments de la Bourse ont alors été construits en pierre blonde le long des quais de la Garonne. Cet ensemble magnifique est désormais classé au patrimoine mondial de l'humanité.

Aujourd'hui, le long de la Garonne, un bâtiment exceptionnel lui aussi, est à quai. C'est "The World", un bateau de douze étages comptant 160 appartements, piscine, spa, cours de tennis, parcours de golf, restaurants... Les propriétaires des appartements voyagent ainsi autour du monde sans faire et défaire leurs bagages. Certains appartements sont en location, à compter de 1 000 € jusqu'à 3 600 € la nuit.

Les heureux élus ont profité de l'escale de trois jours pour visiter le vignoble bordelais et faire du shopping, à la grande satisfaction sans doute des vignerons et commerçants.

Les cyclotouristes que nous sommes font aussi marcher le commerce local, mais tout est histoire de proportion !


Etape 30 - Bravo au Conseil Général !


De Bordeaux à Sauveterre-de-Guyenne, les cyclistes sont gâtés. Une piste, dénommée Roger Lapébie en hommage à un vainqueur du Tour de France, a remplacé une voie ferrée. Pendant 57 km, les cyclistes roulent en toute sécurité, le plus souvent à l'ombre, ce qui est appréciable en plein été. Le dénivelé est adouci par rapport à la route puisqu'une voie ferrée est toujours construite de manière à éviter de trop fortes pentes au train. Le trajet comporte même un tunnel en courbe heureusement éclairé qui ajoute du piquant à l'itinéraire.

Merci au Conseil Général qui s'est impliqué dans la création et l'entretien de près de 700 km de pistes en Gironde en collaboration avec la Communauté Urbaine de Bordeaux et les Communautés de communes. Le développement durable n'est pas un vain mot ici. Le département de la Gironde mérite bien qu'on le remercie aussi pour sa gentillesse car il nous souhaite en plus la bienvenue sur des panneaux à chaque carrefour important des voies vertes.

Plus loin, Monségur est une bastide, c'est-à-dire une ville nouvelle à l'époque du Moyen-âge. Sa place carrée bordée d'arcades comme il se doit est occupée par une halle de fer aux portes de pierre.

Duras sur une colline domine les vignes, les champs verts et jaunes de tournesol. Son château du XVIIe siècle était en piteux état quand les villageois ont réussi à l'acheter en 1960 pour 7 500 €. Après des années d'efforts, le château est sauvé mais il reste encore beaucoup à faire et les villageois restent toujours mobilisés.

Duras, pour les amateurs de littérature, rime avec Marguerite. Marguerite, née Donnadieu, a pris le nom de la localité parce qu'elle avait séjourné dans la région qu'elle a décrite fidèlement dans son roman "Les Impudents".

Duras, pour les amateurs de vin, est aussi un terroir qui produit des vins entre le bordelais et la région de Bergerac. Une dégustation s'impose et nous apprécions, avec modération, une excellente bouteille de blanc biologique au goût de cassis du domaine du Petit Malromé à Saint-Jean-de-Duras.

Etape 31 - De grands noms


Nos vélos nous mènent dans le département de la Dordogne qui se partage en quatre régions : le Périgord noir, le Périgord blanc, le Périgord vert et le Périgord pourpre, terre de vin et du tabac. Dans cette dernière région, le tabac a presque disparu. Comme du côté de Duras, c'était une culture d'appoint rémunératrice jusque dans les années 1980. Les greniers servaient de séchoirs quand des séchoirs plus vastes en bois n'étaient pas spécialement construits.

Avant Monbazillac, au bout d'une très petite route, les toits du château de Bridoire émergent de la verdure. Son pigeonnier typique est posé sur huit colonnes blanches d'environ deux mètres de haut avec un renflement au sommet afin d'éviter la visite des rats.

Une halte gustative s'impose à l'office du tourisme de Monbazillac. Nous goûtons un nectar, le blaye, médaille d'argent du domaine de Combet. Nous n'osons pas recommencer au magnifique château où les amateurs se pressent. Il nous faut continuer à pédaler droit.

Bergerac, à quelques coups de pédale, est une petite cité sur la Dordogne où de nouvelles dégustations seraient possibles avec du blanc et du rouge. Le vieux quartier aux maisons à colombages possède deux statues de Cyrano de Bergerac qui attirent les photographes et les badauds, jeunes et vieux. La statue qui a le plus de succès est en couleur. L'allure est altière comme il se doit. Il n'est pas n'importe qui, il est Cyrano de Bergerac !

Etape 32 - Goûtons voir si le vin est bon


La France défile entre 15 et 25 km/h. Nous avons tout le temps de voir les champs et les prés qui mènent à Aubeterre-sur-Dronne. Aubeterre dans le département de la Charente possède une église remarquable à laquelle on accède en acquittant un prix d'entrée. Aucun mobilier, aucune statue, aucune peinture et du salpêtre sur les murs. Sa vaste nef comporte un mausolée et des sarcophages. Deux très hautes colonnes sont noires et vertes de moisissures parce que l'église a été creusée dans la roche par des Bénédictins au XIIe siècle. C'est la plus grande église monolithe de France.

Pour les cyclistes, arriver à Aubeterre implique une belle grimpette car le village s'accroche à la colline. Certaines rues sont presque impraticables à vélo, tellement les pentes sont raides mais le village est très pittoresque et sa petite place très agréable.

Petit à petit, nous nous rapprochons de Segonzac, notre but de la journée. Le vent n'est pas notre ami et la succession des côtes - des casse-pattes - est épuisante. Les champs de tournesol cèdent la place à la vigne qui s'étend à perte de vue. 96 000 ha sont en effet plantés autour de Cognac et Segonzac. Beaucoup de vignerons possèdent 20 ha mais une grande société en a 400, ce qui ne plaît guère aux petits.

Dans une région de vin, nous buvons ! C'est reparti à table où l'on parle anglais autour d'un verre de rouge de Segonzac et de Pineau des Charentes qui se fait avec du moût de raisin et du Cognac. Les Anglo-Saxons, Australiens compris, nombreux dans la région, ne sont pas à la traîne pour goûter les produits locaux.

Etape 33 - La tamponite


Quelques cyclotouristes sont atteints de tamponite. La tamponite est une affection bénigne et généralement saisonnière. Les poussées s'étalent le plus souvent d'avril à octobre mais peuvent durer plus longtemps dans la saison. Comme la tendinite, dont certains cyclistes souffrent également, la tamponite est récidivante et recommence chaque année. Elle est peu contagieuse mais dans un couple les deux partenaires peuvent en être atteints. Des cas sévères peuvent entraîner le syndrome du membre fantôme. Comme pour l'amputé qui au mal au membre disparu, le cyclotouriste peut en souffrir alors qu'il a arrêté le vélo mais le souvenir reste vivace et douloureux.

La tamponite se soigne par un tampon humide appliqué adroitement par un praticien du tampon sur l'endroit désigné. Ce praticien peut être n'importe quel commerçant ou artisan, un employé de la Poste, d'une mairie ou d'un office de tourisme qui possède un tampon avec le nom de la localité. Le soulagement est alors immédiat et d'autant plus complet que le tampon a été appliqué totalement et bien droit. S'il est joli et en couleur, le traitement est encore plus efficace.

Nous nous soignons par un tampon par jour et par personne sur notre carte de voyage itinérant que nous nous sommes procurée à la FFCT (Fédération Française de Cyclotourisme). Il est impératif de ne pas dépasser la dose prescrite. A la fin du voyage itinérant, les cartes dûment remplies sont envoyées à la FFCT qui valide le voyage et retourne les cartes avec un numéro. Leur retour équivaut à une piqûre de rappel qui renforce le traitement.

D'autres tampons sont nécessaires pour les cas graves. Notre itinéraire du tour de la France a d'ailleurs été en partie tracé de manière à obtenir un tampon dans le plus grand nombre de départements possibles. C'est la raison d'un itinéraire qui peut sembler illogique. La posologie doit être suivie à la lettre : un tampon dans un site désigné par la FFCT. Nous avons obtenu en moins de trois semaines dix tampons dans dix départements, depuis le Gers jusqu'à la Vendée, dix occasions de découvrir des localités où nous n'aurions jamais mis nos pneus, comme Simorre, dans le Gers, ou aujourd'hui Aulnay en Charente-Maritime. Sa cathédrale romane du XIIIe siècle est remarquable tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Quand nous aurons obtenu un tampon dans tous les départements, notre guérison sera acquise par le BCN (Brevet de Cyclotouriste National).

A partir du quart nord-est de la France, une poussée inflammatoire est prévue car le traitement imposera de tamponner en plus pour le BPF (Brevet des Provinces Françaises) de la Champagne-Ardenne et de la Lorraine. Notre guérison n'est pas pour demain !

Etape 34 - Vent d'ouest


Dans les Deux-Sèvres, Brûlain est un petit village entouré de hameaux où nous sommes hébergés par des amis, cyclistes émérites. Ce village, comme tant d'autres, a cependant une particularité. Toutes les rues et routes menant aux hameaux on été baptisées. L'une s'appelle la rue du charpentier, parce qu'un charpentier y habitait, une autre la rue des clochettes car une plante à clochettes y pousse et ainsi de suite. Il est donc facile de se repérer. Surtout, toutes ces données sont disponibles sur GPS, grâce à notre ami Pierre, ancien conseiller municipal initiateur de l'idée, qui fait ainsi sortir Brûlain de l'anonymat.

A Brûlain et dans les environs, le vin peut être champagnisé car un amateur propose aux vignerons et aux particuliers d'injecter du gaz carbonique et un peu de liqueur dans leur production vendue localement. Nous fêtons ainsi nos 3 000 km passés hier matin.

En direction de La Rochelle, le village de Marigny s'enorgueillit d'une église romane dédiée à Saint-Jean-Baptiste. Mais ensuite jusqu'à La Rochelle, les champs défilent. Les foins sont rentrés depuis longtemps. Les champs de céréales sont moissonnés et certains sont déjà labourés et fumés. Seuls subsistent les tournesols et quelques champs de maïs. Le vent d'ouest est contre nous et forcit plus on se rapproche de la mer. C'est d'autant plus ennuyeux que nos forces faiblissent au fur à mesure des heures. La route paraît longue.

La Rochelle offre une halte distrayante par son joli port, son vieux quartier et l'animation qui y règne.

L'aménagement cyclable sur le pont menant à l'île de Ré est aussi réussi que l'esthétique du pont. Les cyclistes disposent d'une piste à double sens séparée des voitures par un muret tandis que les piétons empruntent un trottoir de l'autre côté de la chaussée. On surplombe la mer qui miroite sous le soleil et les voiliers bien petits tout en bas.

L'île de Ré est un paradis pour cyclistes quand on trouve la bonne piste. Un kiosque pour l'information des cyclistes est installé à quelques pas du pont mais malheureusement le plan distribué par la jeune saisonnière est très vague, aussi vague que ses explications. Nous roulons un moment sur une route infernale pour rejoindre enfin une piste, la plus longue et la moins jolie pour rejoindre La Couarde-sur-Mer où nous sommes attendus.

Repos en Ré 38 km

Les habitants de l'île de Ré ont beaucoup souffert de la tempête Xynthia qui a provoqué une inondation mémorable fin février. Nos amis ont été touchés et s'en remettent lentement. Les appareils ménagers et certains meubles ont dû être remplacés, les parquets flottants des chambres ont si bien flotté que tout est à changer. Par endroits, des calicots annoncent "Xynthia nous a touchés, l'Etat veut nous couler". Tout n'est pas rose à l'île de Ré, destination appréciée pour son climat et son cadre.

Le filet de maigre, un poisson saisonnier pêché par notre ami aux abords de l'île, est au menu. Cuisiné de main maître, il est délicieux, surtout arrosé d'un Chardonnay de l'île de Ré. L'île compte en effet des vignes, et des marais salants qui ont repris leur activité.

A La Couarde-sur-Mer, la municipalité a imposé des normes de couleur afin de préserver l'authenticité et l'homogénéité des maisons. Pour les façades, trois gris sont autorisés. Les volets et les ferrures doivent être peints de la même couleur à choisir dans une gamme de huit verts et gris (réf ZPPAUP).

Ars-en-Ré, au bout de l'île est plus calme que Saint-Martin, envahie par les vacanciers et les plaisanciers qui trouvent là un cadre agréable dans une ville fortifiée par Vauban.

Etape 35 - Vendée : côté mer, côté terre


Nous entrons dans le parc interrégional du marais poitevin. La Sèvre Niortaise sert de limite entre la Charente-Maritime et la Vendée au pont mobile de Breuet. Nous quittons rapidement la route principale pour nous engager dans les marais. Le paysage est plat. La circulation est insignifiante et les cyclistes absents. Quelques vaches esseulées paissent dans des prés. Des meules de foin sommeillent dans des hangars agricoles près de petites habitations.

Vers Charron passe la route de la moule. Le petit Port-du-Pavé sur l'anse de l'Aiguillon est encore actif quand nous arrivons ce samedi en fin de matinée. Deux camions frigorifiques attendent des bateaux chargés de sacs blancs contenant des moules. Ce sont des moules de Bouchot "la belle de la mer" comme l'indique la publicité. D'autres pêcheurs rapportent leurs moules dans des cageots en plastique qui partent directement dans des camionnettes réfrigérées. Un pêcheur décharge des mulets, un poisson un peu plus grand que le maquereau. Un ostréiculteur élève des huitres plates. Un amateur a pêché des huîtres sauvages de formes variées.

Prés et champs sont entourés de haies, préservant ainsi une faune et une flore diversifiées. La route est généralement elle aussi bordée de buissons et d'arbres. Si l'horizon est ainsi bouché, l'avantage est pour les dames qui trouvent aisément un endroit à l'abri des regards indiscrets pour des petits besoins naturels.

Luçon, ville de 10 000 habitants, possède un remarquable jardin public avec bassin, cascade, arbres taillés, arrangements végétaux illustrant des fables de La Fontaine. La terrible tempête Xynthia de février l'avait gravement endommagé mais les habitants, les commerçants et des dons anonymes ont permis de redonner vie à ce coin si plaisant. Richelieu, ou du moins sa statue, se dresse à côté de la cathédrale. Il est le plus illustre habitant de la cité dont il a été évêque.

Etape 36 - En terre méconnue


Un crachin intermittent ponctue la matinée, tellement minime qu'il est presque apprécié par des cyclistes qui ont souffert de la chaleur dans les semaines précédentes. Nous enfilons nos gilets jaune fluo à manches.

Talmont-Saint-Hilaire, une bourgade de près de 7 000 habitants, possède un château en ruines près de l'office du tourisme où nous faisons tamponner nos cartes de voyage itinérant. Ici, la grande affaire semble être la vente des billets pour Le Puy du Fou, la plus grande attraction du département dans les terres.

La mer est à sept kilomètres au port de Bourgenay par une piste cyclable qui longe la route. Le petit port n'a d'attrait que pour les amoureux de la navigation car de nombreux bateaux de plaisance attendent leur propriétaire. Une ostréicultrice vend des huitres. Quelle que soit la taille, le prix est de 4.5 €/kg et non par douzaine.

Apremont, le long de sa rivière paisible propose des promenades à pédalos ou sur de petites embarcations à fond plat. "La petite Venise" dit la publicité ! L'imagination est au pouvoir à Apremont ! Le village ne manque pas d'allure pourtant avec un château charmant avec tours et fenêtres Renaissance.

La Bretagne approche. Les rares restaurants ouverts à Challans dimanche soir proposent entre autre des galettes au blé noir auxquelles nous ne résistons pas.

Etape 37 - Du sud au nord de la Loire


Le "marais breton" n'est pas en Bretagne. Le marais est un dédale de fossés larges et étroits qui divaguent dans tous les sens et d'étangs. Il est pour nous l'occasion de multiples arrêts pour observer les oiseaux : des hérons, des mouettes, des aigrettes et même, à notre grande surprise, deux ibis. Un couple a été lâché dans la nature il y a quelques années et s'est si bien reproduit que le nombre d'ibis pose désormais problème. Leur bec puissant et leur voracité concurrencent la faune locale et des campagnes de réduction ont du être organisées.

Nous passons du sud au nord de la Loire selon une expression chère aux météorologues. Le temps est le même au sud qu'au nord : beau. La Loire à Saint- Nazaire est enjambée par un pont de près de 4 km et 50 m de haut. Pour des cyclistes, c'est une épreuve. La pente est d'abord négligeable puis augmente sérieusement mais le problème n'est pas là. Le pont est à trois voies avec une voie centrale actuellement neutralisée pour être utilisée prochainement, soit dans un sens soit dans l'autre selon la densité du trafic d'un côté ou l'autre de la Loire. Aujourd'hui les véhicules motorisés ne peuvent pas trop s'écarter des cyclistes qui roulent sur une bande cyclable assez étroite. Nous ne pouvons nous permettre aucun écart malgré le vent et la pente. Les caravanes larges et les camions passent près de nous. Nous finissons par nous arrêter à l'approche des camions, l'appel d'air important risquant de nous déséquilibrer. Le bas du pont est enfin atteint avec un soupir de soulagement.

Nous quittons Saint-Nazaire sans regret pour notre destination : Assérac. Mais avant un crochet par Kerhinet et Kerbourg s'impose. La plupart des maisons en granit sont à toit de chaume. Blanche-Neige et les sept nains complèteraient le décor. Les villages sont fleuris. C'est ravissant.

Etape 38 - Flânerie bretonne


Depuis Assérac, la mer est à moins de 5 km. Pen Bé est un village breton aux maisons à toits d'ardoise, aux murs blancs et volets souvent bleus. La plage et les rochers sont déserts à cette heure matinale où le soleil n'a pas encore percé les nuages. La falaise domine la plage d'une dizaine de mètres. Les piquets noirs des parcs à moules émergent de plus en plus. Les vagues sont presque insignifiantes, ramènent et emportent inlassablement des paquets d'algues qui chatouillent les chevilles. Des rochers couverts de moules et de coquillages sauvages donnent du relief à cette petite plage tranquille d'où apparaît au milieu de l'eau un nageur, habitué des lieux.

Le rythme de la matinée est donné : lent, pour flâner le long des petites routes et admirer les maisons aux encadrements de granit gris, les hortensias et la mer.

La Pointe de Bile est un peu plus animée. Au loin quelques éleveurs de moules s'activent sur leurs tracteurs. C'est ici paraît-il que la moule de bouchot est la meilleure. Les amateurs de vacances tranquilles trouvent ici leur bonheur en ramassant des coquillages à marée basse.

Du côté de Tréhiguier, des parcelles de terrains sont entourées d'arbres. Elles sont occupées par leurs propriétaires qui y ont planté qui un mobil-home, qui une tente pour les vacances.

Nous nous dirigeons tranquillement vers Theix d'où nous amis cyclos vont nous accompagner jusqu'à Vannes pour quelques jours de repos.

Repos à Vannes  Promenades à pied

Vannes offre aux touristes et aux vacanciers mille et une raisons de prolonger leur séjour. Le Golfe du Morbihan est un paradis pour les amateurs de bateaux, d'oiseaux, de nature, de poisson, de fruits de mer et de mégalithes. La cité médiévale ravit les amateurs d'histoire et de coins pittoresques. Les magasins regorgent de souvenirs bretons en tous genres. Les raisons de flâner et de dépenser y sont multiples.

Nos amis se coupent en quatre pour rendre nos quelques jours à Vannes agréables. Les moules, les langoustines, dont nous raffolons, sont choisies et cuisinées par un expert et font notre régal ainsi que les galettes de blé noir. Stop au pédalage, feu vert au bavardage ! Autour de la table, on plaisante, on mange, on déguste du cidre et du muscadet. Bref, que du bonheur !

Etape 39 - A l'aise Breizh


Breizh, la Bretagne en breton, est sur quantités de cartes postales, de tee-shirts, y compris sur celui qui m'a été offert. Des motards arborent fièrement Breizh sur leurs motos et le drapeau breton flotte souvent à côté des drapeaux français et européen.

Nous quittons Vannes mais Bernard nous accompagne pendant plus de 28 km au delà d'Auray en nous faisant passer par les pistes cyclables et des petites routes peu fréquentées, devant une statue de la Liberté toute blanche et le nouveau "vieux pont" du port du Bono

La grisaille n'enlève rien au plaisir de rouler. Près de Port-Louis, à Locmiquélic, nos vélos vont prendre le bateau avec nous pour la première fois. Des bateaux-bus assurent la navette vers le centre de Lorient pour le prix d'un ticket de bus. La croisière est de courte durée mais nous évite des kilomètres et une route à gros trafic.

Lorient propose des musées maritimes ou des balades en mer. La ville bombardée pendant la guerre n'offre pas d'attrait historique important. En revanche, Moëlan-sur-Mer, but de l'étape du jour, possède une chapelle Saint-Philibert et un calvaire du XVIe siècle qui méritent largement le détour. Les pèlerins venaient à la source Saint-Roch à côté pour y soigner leurs maux de ventre et un pardon y a lieu encore tous les ans le troisième dimanche de juillet. Les coutumes sont vivaces en Breizh où nous nous sentons à l'aise.

Etape 40 - Tous frères et soeurs car ils ont Quimper


L'humeur est au beau fixe, malgré le temps gris et notre première crevaison dont nous nous apercevons au moment de partir. Pont-Aven, la ville des peintres, est au programme mais c'est aujourd'hui la fête de la fleur d'ajonc. L'entrée au centre ville est payante et nous n'avons pas l'intention d'y rester plusieurs heures. Nous passons notre chemin non sans avoir admiré des groupes folkloriques qui se préparent à l'extérieur du périmètre bouclé. Les frères et sœurs bretons resteront entre eux.

L'arrivée à Concarneau dans le port, par une route normalement réservée aux activités maritimes, est très agréable aujourd'hui dimanche. La flottille de pêche est à quai et les chantiers de construction navale sont silencieux. La vue sur la "ville close" est impressionnante. C'est le noyau historique protégé par des fortifications baignées par la mer. Les maisons de la rue principale sont devenues des magasins ou des restaurants grouillants d'animation mais l'architecture garde tout son charme d'autrefois.

Surtout à partir de Concarneau, la route réserve de terribles côtes. Celle de Beg Menez à 15 % ne verra pas nos pneus ! Nous l'évitons soigneusement. Pourtant il faut pédaler dur pour arriver à La Forêt-Fouesnant où l'église Notre-Dame d'Izel Vor (Notre-Dame du Bras-de-Mer) et son calvaire méritent un arrêt bienvenu pour se reposer.

A Quimper, on monte et on descend pour atteindre Pfluguffan, près de l'aérodrome, où nous sommes attendus avec des bulles pour fêter des retrouvailles.

Etape 41 - Le phare ouest


Vers l'ouest, plein ouest, vers la côte ! Dans ce coin de Bretagne, les Ker-ceci, les Ker-cela alternent avec les P-quelquechose et les P-machinchose. Pfluguffan, Kerveyen, Kervriec, Plonéour, Plozévet et pour varier Saint-Trucmuche à moins que ce ne soit un mélange des deux comme Plogastel-Saint-Germain. Pouldreuzic est passé sans apercevoir la fabrique de pâtés Hénaff chère à une amie cyclo qui garde toujours une boîte dans sa sacoche de guidon "au cas où...".

L'arrivée à la Pointe du Raz est un moment d'émotion. Nous sommes maintenant à l'extrémité de la France et nous allons réellement repartir en direction de l'Alsace par des chemins de traverse. C'est presque le début de la fin. La couche nuageuse s'amincit. Le ciel bleu apparaît à notre droite sur la Pointe du Van. La Pointe du Raz se prolonge dans la mer par des rochers battus par les vagues qui écument. Un peu plus loin, le phare de la Vieille, notre phare ouest, se dresse sur son rocher. Son ombre se reflète dans la mer tant le temps est calme. Des voiliers passent au large. Des mouettes et des goélands s'activent dans les rochers. Des centaines de touristes ne se lassent pas d'admirer cette pointe grandiose.

Douarnenez, petit port de pêche, n'est plus très loin. Des centaines de mâts des bateaux de plaisance forment une forêt. Nous sommes hébergés par un jeune couple de cyclistes chevronnés. Ils ont fait le tour du monde en deux ans en totalisant presque 23 000 kilomètres (http://unmondeavelo.blogspot.com). Cela fait rêver !

Etape 42 : la Bretagne fleurie


On monte et on redescend au niveau de la mer. Les cyclistes n'ont pas le temps de s'échauffer. A Locronan, la petite place n'a guère changé depuis le XVe siècle. La petite cité a gardé son charme austère avec église et maisons de granit, du temps de sa splendeur quand sa richesse venait de l'industrie de la toile de voile

Avant Chateauneuf-du-Faou (on prononce du Fou), nous prenons plaisir à une longue descente, un rêve de cyclotouriste. La vitesse oscille entre 35 et 40 km/h et l'on donne de temps en temps quelques coups de pédale paresseux jusqu'au canal de Nantes à Brest. Ce large canal a oublié la ligne droite qui est la règle la plus commune dans sa famille.

En Bretagne, les hortensias sont les rois de la floraison. Les massifs, souvent très fournis, ornent les fermes. Les fleurs vont du bleu clair au bleu foncé et peuvent virer au violet. D'autres sont roses et même rouges. Plus rarement, les hortensias se parent de fleurs blanches ou vert pâle.

Plus nous nous éloignons de la côte, plus les maisons d'abord blanches sont peintes en jaune très pâle puis en jaune plus lumineux. Des magnolias dans des jardins arborent encore quelques énormes fleurs blanches. Des tamaris agitent doucement leurs minuscules fleurs roses. Bien sûr, les géraniums et les pétunias, plus communs, ne sont pas en reste pour donner une note colorée et gaie à la campagne

Nous traversons la Haute Cornouaille. Les "Montagnes Noires" ne sont pas noires mais des sapins apparaissent à une altitude guère plus élevée que 250 m. Curieusement, à quelques dizaines de mètres, des palmiers en pleine terre se dressent près des habitations.

A Rostrenen, tout en haut de la ville, nous avons réservé une chambre d'hôtes tenue par une Anglaise et son mari. Elle aime beaucoup la France où elle a de la famille et a décidé avant l'heure de la retraite de venir s'établir ici. Elle n'est pas la seule à apprécier notre pays car 20 000 autres Britanniques vivent en Bretagne et un certain nombre y ont ouvert des chambres d'hôtes ou des campings. Les voitures anglaises sillonnent les routes dans tous les sens mais nous n'avons pas encore rencontré de cyclistes britanniques. Affaire à suivre.

Etape 43 - La campagne nourricière


L'étape additionne plus de descentes que de montées car nous allons jusqu'au niveau de la mer. Nos muscles nous disent merci. Les vaches reviennent dans le paysage. Pour éviter les routes importantes, l'itinéraire emprunte des petites routes maculées de temps en temps de bouses de vache. L'air par endroits s'emplit de l'odeur des "cochonneries", les élevages de cochons comme nous les appelons. Nous nous arrêtons pour faire place au camion du laitier qui fait sa tournée car le véhicule prend toute la largeur de la petite route. Les moissons commencent dans les Côtes d'Armor. La Bretagne est aussi une terre de pommes de terre.

Tout va bien jusqu'à Sainte-Tréphine. Après les choses se gâtent. La route qui semble si simple sur la carte nous réserve de mauvaises surprises sur le terrain. Les panneaux, quand il y en a, n'indiquent plus que des lieux-dits absents sur notre carte. La route se dégrade et finalement nous sommes bel et bien perdus et rencontrons une providentielle voiture d'Anglais. Ils sortent d'un chemin. Nous les suivons pour retrouver avec plaisir une départementale bien bitumée où, enfin, nous filons à vive allure vers Le Bodéo.

Moncontour, petite cité de caractère, aligne le long de ses rues des enseignes à la mode ancienne. Au restaurant, je commande une crêpe au fromage et aux champignons au lieu d'une galette. On me sert une crêpe sucrée avec la garniture choisie. Il ne faut pas confondre crêpe et galette ici. Leçon à retenir.

Dans la descente de Jugon-les-Lacs, nous passons avec plaisir les 4 000 km sous le soleil revenu.

Etape 44 : Mont et Merveille


Le soleil se fait désormais discret le matin. Les grandes séances de "tartinage" de crème solaire semblent révolues. Nous enfilons fréquemment nos gilets en démarrant.

Le changement des Côtes d'Armor à l'Ile-et-Vilaine se fait sur un des ponts sur la Rance, à Plouer… sur Rance d'où la vue est charmante sur le petit port tout en bas. Notre salle à manger sera aujourd'hui au bord de la mer avec vue sur le Mont-Saint-Michel, au loin, dans l'autre région, la Normandie.

La Baie du Mont-Saint-Michel est propice à l'élevage des huîtres et des moules : à l'ouest les huîtres et de l'autre côté les moules. Les moules du Mont-Saint-Michel bénéficient d'une AOC. A Viviers-sur-Mer, un centre d'information a été installé. Malheureusement, la dégustation ne se fait que le matin et la promenade avec les mytiliculteurs dure plusieurs heures et démarre quand nous arrivons.

Nous déposons nos bagages à Pontorson et fonçons, légers comme l'air, vers le Mont-Saint-Michel. Tout en admirant le Mont, la Merveille, les cyclistes que nous sommes ont l'infinie (et ironique) satisfaction de croiser des centaines de véhicules coincés dans un énorme embouteillage pour rejoindre la côte.

Le Mont-Saint-Michel est une splendeur et une merveille d'architecture du Moyen-Age. Une église de 80 m de long et un cloître ont été construits sur le sommet d'un gros rocher en créant sur deux niveaux inférieurs des chapelles et un monastère. Le tout est couronné maintenant d'une flèche surmontée de l'Archange Saint-Michel, brillant d'or dans la lumière du soir.

La marée est basse et des promeneurs, par centaines, marchent sur le sable, sautent, courent et profitent d'un beau soir d'été malgré un vent frisquet. 

Etape 45 : Une étape aux poêles


A chaque coup de pédale, le Mont-Saint-Michel s'éloigne dans la brume légère. Depuis le beau jardin public d'Avranches, il est encore visible au milieu des sables et nous lui disons au revoir.

Elevée en souvenir du Débarquement de 1944, la première borne de la liberté à Avranches est au bord de la route. La départementale d'Avranches à Villedieu-les Poêles est ... au poil. C'est tout droit et tranquille car l'essentiel des véhicules emprunte l'autoroute parallèle. Villedieu-les-Poêles depuis le Moyen-Age a développé un artisanat spécialisé dans le travail des métaux sous toutes ses formes. C'est l'endroit pour acheter poêles, casseroles, tout objet décoratif en métal y compris des cloches.

La fonderie Cornille-Havard propose des visites guidées pendant lesquelles est expliquée la fabrication d'une cloche. En ce moment, une cloche de 6,350 t destinée à l'église Saint-Etienne de Mulhouse est en cours de polissage. Elle a été coulée en juin et viendra bientôt enrichir le clocher alsacien. Il aura fallu près de neuf mois pour la réaliser.

De Villedieu-les-Poêles à Saint-Lô, les plus vertigineux toboggans se succèdent. Heureusement, ces toboggans sont plus impressionnants de loin que dans la pente elle-même. Comme la circulation s'intensifie à l'approche de Saint-Lô, nous tentons une voie verte, non bitumée, sur un ancien chemin de halage. Encore au poil, sauf que nous arrivons au centre de Saint-Lô et qu'il faut remonter en sens inverse sur la route où nous aurions dû arriver pour rejoindre notre hôtel. Tout ne peut pas être au poil !

Etape 46 - La voie de la Liberté


A chaque kilomètre, la route est jalonnée de bornes de la liberté en souvenir de la libération de la France. Saint-Lô a donné lieu à une bataille du 6 au 18 juillet 1944 alors que cette ville n'est qu'à une soixantaine de kilomètres des plages du débarquement. Le bocage normand a été un terrain très difficile car chaque haie, chaque talus pouvait abriter l'ennemi. Cela a donné lieu à "la bataille des haies".

Le village de Balleroy possède un château construit par François Mansard qui s'en inspira pour créer Versailles. Le château en briques de schiste et en pierre blanche est très harmonieux. Il aurait pu avoir une triste fin car sa dernière propriétaire, faute d'argent, l'avait vidé de ses meubles et ne pouvait plus l'entretenir. En 1970, le magnat de la presse, Malcolm Forbes, le racheta et le restaura complètement pour y habiter de temps à autre.

L'étape du jour est très courte pour avoir le temps de visiter le musée de la bataille de Normandie à Bayeux. Le musée, vaste, aéré, très didactique, expose des véhicules, des armes, des uniformes, des insignes et explique ce qui s'est passé à partir du 6 juin 1944 en Normandie. De loin, avec le recul, on peut penser que tout a été très vite, donc facile, pour les Alliés alors qu'il n'en a rien été. Les détails de la gigantesque opération Overlord sont expliqués : nombre d'hommes engagés, avions, planeurs, toute la logistique mais surtout les morts, les blessés, les villes réduites en amas de gravats. On en a la gorge serrée. On touche là la réalité du prix de la liberté.

Bayeux a miraculeusement été épargnée et l'on peut toujours visiter avec le plus grand plaisir le vieux Bayeux et la cathédrale, superbe, autant à l'extérieur qu'à l'intérieur.

Etape 47 - Leçon d'histoire


La Tapisserie de Bayeux est une des attractions de la ville. Cette tapisserie n'en est pas une puisque c'est une broderie de presque 70 m de long sur 50 cm de haut datant de la fin du XIe siècle. L'histoire de la conquête de l'Angleterre et de ses raisons par Guillaume le Conquérant y est relatée en panneaux numérotés. Cette broderie utilise quatre sortes de points, le plus courant étant le point de couchage, dit point de Bayeux, utilisé pour remplir les grandes surfaces.

Les touristes anglais pullulent autour de nous ainsi qu'à Arromanches, appelée Gold Beach par l'état-major allié. Le musée du Débarquement, assez petit, est bondé. L'exposition permet, grâce à une maquette animée, de comprendre comment un port artificiel a pu être construit ici en douze jours. Les restes des caissons de béton sont encore visibles autour de la plage jusqu'à deux kilomètres.

Un peu plus loin, à Courseulles, Juno Beach est plus calme. Un centre canadien, tout recouvert de plaques de titane, est maintenant ouvert et retrace la participation canadienne au Débarquement ainsi que l'histoire du Canada.

Sur ces plages, maintenant calmes et belles sous le soleil, on a peine à imaginer la tempête de feu et la mort.

Repos à Caen : révision d'histoire  Caen : 15 km

Le monumental mémorial a été construit au nord de la ville. Il est entouré de très larges pelouses et le vaste hall d'accueil s'inspire du Louvre avec trois petites pyramides de verre. Le mémorial a pour ambition de faire comprendre les raisons de la Seconde Guerre Mondiale en partant de la Guerre de 14-18. Les panneaux se succèdent en un couloir courbe où les documents sonores et photographiques sont nombreux.

La séance de cinéma résume un peu les panneaux et offre une pause appréciée après deux ou trois heures de visite. L'exposition de dessins humoristiques sur la paix est bien sûr très drôle. Certains dessinateurs visent tellement juste qu'il vaut mieux en rire qu'en pleurer.

Nous ressortons avec une impression mitigée sur le mémorial dont l'entrée est très chère. C'était une longue leçon d'histoire, mais les amateurs d'artefacts, comme disent les spécialistes, n'auront guère eu l'occasion d'observer des objets d'époque et les enfants risquent peut-être d'y trouver le temps long.

Etape 48 : L'Orne, département d'origine du camembert


Il pleut, il bruine et le vent est contre nous. Nous mettons et enlevons régulièrement nos impers.

Falaise, durement touchée par les bombardements alliés, a conservé le château de Guillaume de Conquérant et de belles églises. L'église Saint-Gervais compte des verrières flamboyantes que nous nous contentons d'admirer de l'extérieur. L'humeur n'est pas aux visites.

Direction : Cap Orne ! C'est le nom choisi par le Conseil Général pour les lignes de bus interurbaines du département. Nous n'avons pas d'aussi mauvaises conditions météorologiques que les navigateurs qui passent le Cap Horn mais ce n'est pas un temps rêvé pour le vélo non plus.

Putanges-Pont-Ecrepin a peu d'intérêt. Le clocher de l'église est une réplique des clochers que l'on peut trouver le long du Danube parce qu'il a été construit à l'initiative d'un curé alsacien. L'office du tourisme justifie par un tampon notre passage sur nos cartes de voyage itinérant et de brevet de cycliste national. Notre repartons sous la pluie intermittente vers Camembert où nous n'arrivons pas à temps avant une grosse et longue averse.

Camembert est un petit village où Marie Harel a inventé le fameux fromage juste après la Révolution. Un musée et une maison du camembert permettent de tout savoir ou presque sur ce fromage si populaire qui a vraiment assis sa réputation à partir de la guerre de 14-18. Populaire aussi était une Normande nommée Serpentine qui avait décroché le titre envié de "beurrière d'élite" en 1924 et qui figurait sur de nombreuses étiquettes de camembert. Elle pouvait produire jusqu'à 31,5 kg de lait et 1,5 kg de beurre par jour. Il s'agit bien sûr d'une vache... normande. Maintenant, le camembert pour bénéficier de l'AOC (appellation d'origine contrôlée) doit être au lait crû et moulé à la louche, ce qui fait toute la différence pour les amateurs.

Un camembert savoureux au lait crû sera au menu de notre dîner que nous prendrons heureusement au sec même si la pluie continue à tomber.

Etape 49 : cathédrales de pierre, cathédrales de paille


Nous remettons nos chaussures mouillées par la pluie d'hier et enfilons nos gants qui ne valent pas mieux. Les sacoches sont raccrochées pour le départ sous une petite pluie fine mais, très rapidement, le temps s'améliore.

Orbec, dans le Calvados, s'anime un peu ce matin, jour de marché. Une très belle maison à pans de bois et hourdis artistique a été transformée en musée. Nous montons la sévère côte dans la localité pour atteindre de grandes plaines céréalières. Les blés sont coupés et des cathédrales de bottes de paille ponctuent le paysage. Des agriculteurs empilent adroitement des meules sur des chariots pour les rentrer. L'un deux, sans doute plus habile ou plus intrépide, a réussi a empilé une neuvième botte sur son édifice.

L'église de Saint-Nicolas de Beaumont-le-Roger rythme les heures des habitants avec un jacquemart qui frappe les heures. La petite rivière limpide qui traverse Beaumont, la Risle, a donné son nom au rilsan fabriqué à quelques kilomètres. Les liens en rilsan sont une bénédiction pour attacher solidement et durablement quantités de choses, dont mon garde-boue arrière qui couinerait à chaque secousse sans ce lien.

La cathédrale d'Evreux, assez disparate à l'extérieur, possède deux clochers dont l'un est une flèche néo-gothique, très pointue ressemblant à celle du Mont-Saint-Michel. L'intérieur est très élégant, élancé, d'une grande unité. Le haut du transept s'élève à une hauteur exceptionnelle jusqu'à la flèche néo-gothique qui baigne de lumière la nef. Le chœur, immense, est clos par une haute grille ouvragée. Le nouvel orgue, du XXIe siècle, est surprenant par sa forme.

Le soleil revient et Evreux se montre alors sous son meilleur jour.

Etape 50 : Encore à l'Eure


Une route réservée aux tracteurs est toute indiquée pour les cyclistes qui évitent les départementales importantes. Cet itinéraire nous permet de découvrir des champs de lin pas encore coupés. Cette culture fréquente ici est reconnaissable à sa couleur brun foncé.

Vernon dispose d'une église bien noire de la poussière des siècles et de la pollution. Les têtes des statues du tympan ont toutes disparu. Une Vierge à l'Enfant, très noircie elle aussi, trône au milieu des deux grandes portes de la façade. La Seine est une voie navigable d'importance. Un grand porte-conteneurs et plusieurs péniches passent sous le pont qui mène au vieux moulin.

La-Roche-Guyon, comme son nom l'indique, est appuyée contre les rochers de craie très blanche et dominée par les ruines d'un donjon au bas duquel a été construit un château du XVIIIe siècle. Les falaises abritent encore quelques ateliers troglodytiques.

Plus loin, à Haute-Isle, la petite église de l'Annonciation, creusée dans la falaise, a pour seule maçonnerie son clocher sur fond de colline verdoyante.

Vétheuil nous offre l'occasion d'un pique-nique en bord de Seine dans un décor que les peintres impressionnistes appréciaient particulièrement. En effet, Giverny et le jardin de Claude Monet ne sont qu'à quelques kilomètres.

Une belle piste cyclable de 25 km, sur une ancienne voie ferrée, va de Gasny à Gisors. De là Bazincourt n'est plus qu'à 4 km. Nous serons à l'heure au rendez-vous fixé à notre cousine : 17 h pile et passerons encore quelques jours dans l'Eure.

Trois jours pour mettre vélos et jambes au repos. Nous profitons de la gentillesse de notre cousine pour séjourner dans le confort d'une maison normande. Nous sommes à l'abri car le temps est gris et la pluie tombe de temps en temps.

Etape 51 : Il ne peut pas faire beau tous les jours


Il fait 14°C. La route est mouillée. Des flaques stagnent encore dans des creux. Hier, dimanche, la journée a été humide, pour ne pas dire plus. Aux informations, nous sommes passés de TF1 à France 2 et France 3 dans l'espoir, bien puéril, d'avoir de meilleures prévisions sur l'une ou l'autre chaîne ; pluie le matin et améliorations dans l'après-midi.

La route après quelques kilomètres est sèche mais le vent du nord de face ou de trois-quarts souffle fort. Les cyclistes sont injustes avec le vent. Ils pestent contre le vent contraire mais se félicitent plus rarement d'une brise favorable.

Après 35 km, nous enfilons nos impers pour une pluie de courte durée. Nous ne les quitterons plus jusqu'à l'arrivée car l'amélioration annoncée s'est transformée en détérioration. Une bruine ou un crachin persistant a mis un voile laiteux sur le bocage que la route surplombe le plus souvent.

A Gaillefontaine (Seine-Maritime), un village de 1 500 habitants, l'humeur du restaurateur n'est pas au beau fixe non plus. Depuis une centaine d'années, un corso fleuri renommé est organisé le 15 août. Les chars sont décorés de fleurs en papier. La fête est précédée de deux jours d'animation et une foire foraine attire la population. Cette année les chars sont restés sous les hangars et seule la fanfare a arpenté les rues devant un public maigrelet. Le feu d'artifice a bien été tiré mais les spectateurs étaient peu nombreux. Le restaurateur, morose, replie le vaste chapiteau qu'il avait accolé à la façade de son établissement qui l'an dernier ne pouvait accueillir tous les clients.

Le temps n'est pas meilleur à Aumale. Un grand moulin en briques désaffecté est maintenant monument historique. Une grande roue est encore visible dans la rivière, la Bresle, qui traverse la ville. Les maisons à pans de bois cohabitent avec les maisons en briques qui deviennent de plus en plus nombreuses. L'hôtel de ville est un joli exemple Renaissance de cette architecture.

Notre chambre d'hôtes, dans la Somme, se situe dans une grande demeure en briques. La Picardie est aujourd'hui venteuse, froide et humide et nous trouvons là un refuge très apprécié.

Etape 52 : Bouche bée dans la baie


Nous approchons de la baie de Somme et restons bouche bée devant la Collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville. La surprise est totale car nous ne savions rien de cette ville et de son joyau gothique flamboyant orné d'une profusion de statues et flanqué de deux tours imposantes. Deux rosaces l'une au dessus de l'autre éclairent la façade. Cette merveille a été bombardée en mai 1940 et très gravement endommagée. Les voutes ont été crevées, les vitraux soufflés. Saint-Vulfran a été relevé et l'intérieur est décoré de vitraux modernes et de retables anciens.

Le beffroi de la mairie sonne les heures en les précédant d'une courte mélodie. Nous sommes bien dans le nord de la France.

Bouche bée aussi au parc du Marquenterre dans la baie de Somme devant le nombre de grands cormorans regroupés sur un banc de sable. En août, ces oiseaux se réunissent volontiers après la période nuptiale et l'élevage des petits. On en compte environ 2000 dans le parc. Des avocettes, des barges à queue noire, des spatules, des aigrettes garzettes, des tadornes de Belon, des grues cendrées sont au rendez-vous.

Au Crotoy, nous mangeons des moules et des frites. A 21 h 40, nous quittons le restaurant en même temps qu'une famille. Nous sommes les derniers clients ; les serveuses mettent le couvert pour le lendemain. Dans les autres restaurants, les chaises sont déjà sur les tables. Dans un autre établissement, quelques clients retardataires finissent leur repas. La petite ville est silencieuse. On se couche tôt ici, si tôt que nous en restons... bouche bée

Etape 53 : Rose de Picardie


Nous prenons la route de Rue, Rue étant la capitale historique du Marquenterre. De cette période glorieuse subsistent principalement l'église Saint-Wolphy, en gothique flamboyant, quelques très belles maisons à pans de bois et un beffroi du XVe qui sonne allègrement.

Encore en Picardie, les jardins de Valloire à Argoules sont un régal pour les yeux et une mine d'information sur les végétaux. 5000 espèces et variétés de plantes sont disposées selon leur association esthétique. Un jardin de l'évolution permet de connaître les plantes depuis les lichens et les mousses jusqu'aux plantes les plus évoluées, comme les marguerites. D'autres parterres regroupent les plantes à feuilles dorées, blanches, grises ou cendrées. Selon les saisons, l'un ou l'autre coin du jardin est au sommet de la floraison. La "Rose de Picardie", une variété de rose rouge, n'est plus fleurie. La plupart des rosiers a subi douloureusement les précédentes journées de pluie. En revanche, les acanthes et la menthe sont splendides ainsi que quantités de fleurs blanches au nom inconnu. Le temps manque pour tout voir et tout apprécier.


Dans le Nord-Pas-de-Calais, les côtes sont aussi dures qu'en Picardie et elles sont nombreuses. Peu avant Nesles, un village, la route vient d'être recouverte de gravillons. La pente en est d'autant plus pénible ; près du sommet, un panneau met en garde contre une descente dangereuse, dangereuse avec du bon bitume et carrément scabreuse avec gravillons ! Une piste cyclable peu après met du baume au cœur des cyclistes. Elle mène presque jusqu'à Boulogne-sur-Mer mais s'arrête inopinément, abandonnant les cyclistes au milieu d'une circulation dense. Le chemin n'est pas toujours semé de roses. 

Etape 54 : Vent du large


La route suit plus ou moins la côte, appelée Côte d'Opale. La mer est verte, grise, turquoise, ou laiteuse. Le ciel est moutonné, gris perle, opalescent ou bleu et change sans cesse, comme notre allure car la route monte au sommet des falaises et redescend au niveau de la mer. Les falaises blanches de la côte anglaise apparaissent presque brillantes puis se voilent de brume. De gros bateaux vont et viennent des côtes françaises aux côtes anglaises.

Le Cap Gris-Nez est un site de surveillance du détroit du Pas-de-Calais très fréquenté par les bateaux. On surplombe la mer qui se jette furieusement sur des rochers très sombres. Le vent du large fouette le visage.

A Escalles commence une forte côte d'un kilomètre pour atteindre le Cap Blanc-Nez. Deux groupes d'une dizaine de cyclistes nous précèdent. Une petite moitié met très rapidement pied à terre et pousse les vélos tant la côte est rude. En haut, le vent souffle fort malgré un soleil radieux. Le toit d'un bunker du Mur de l'Atlantique sert maintenant de poste d'observation pacifique aux innombrables touristes qui admirent les vagues qui viennent mourir en festonnant de blanc la plage de Wissant.

Le vent souffle toujours fort et nous pousse très vite jusqu'à Calais. Les "Bourgeois de Calais", une œuvre de Rodin, a été installée en 1895 devant l'hôtel de ville de style Renaissance flamande construit peu avant. L'œuvre du sculpteur est saisissante. Chaque bourgeois exprime un état d'esprit : le courage, la résignation, la peur, la détermination et chaque statue mérite de s'y arrêter longuement.

Avec un fort vent du large dans le dos sur un itinéraire désormais absolument plat, nous battons nos records de vitesse en arrivant à Bergues.

Etape 55 : La ch'ti attitude


Bergues profite du succès du film "Bienvenue chez les Ch'tis" de Dany Boon car les touristes y sont nombreux. Le beffroi est une attraction justifiée. Il se dresse fièrement au centre de la ville et le cadran de son horloge brille au soleil. Le carillon de 50 cloches joue une mélodie avant de frapper les heures. En haut du beffroi, le visiteur en prend plein les oreilles et peut observer les cloches qui sont actionnées électriquement.

La ville est intéressante avec des remparts, un canal, des maisons anciennes et des spécialités gastronomiques. Le fromage de Bergues, surtout fermier et affiné, fait notre délice. La bière Ch'ti abreuve les assoiffés mais nous ne connaitrons pas le goût de la saucisse de Bergues, faute de temps.

25 km, au Mont-des-Cats, les trappistes fabriquent du fromage au lait entier frotté à la bière. On s'en coupe une tranche en attendant le Maroilles, autre fromage renommé du Nord.

Les noms à consonance flamande sont nombreux jusqu'à Steenvoorde, nom que beaucoup de mamans ont lu sur des emballages puisque l'importante usine Blédina-Gallia est installée ici. Quaëdypre, Wormhout, Oudezeele, Godewaersvelde, Pe Kieken Put sont des noms qui vont bien avec les moulins à vent qui restent encore debout même s'ils ne sont plus en activité : souvenirs d'un passé pendant lequel le Nord-Pas-de-Calais s'appelait les Pays-Bas du Sud.

A Estaires, notre Tour de la France compte déjà 5 000 km, notre premier 5 000 en voyage itinérant. 5 000, ce n'est pas l'altitude du terril entre La Bassée et Pont-Verdin mais le monticule est le point culminant des environs, vestige d'un temps désormais révolu. Le terril est lentement colonisé à sa base par des plantes qui vont remonter patiemment le long de ses flancs noirs au cours des prochaines décennies.

Nous demandons de l'eau pour remplir nos gourdes. Un Ch'ti insiste pour nous donner de l'eau de source en bouteille, une expérience qui sera renouvelée les jours suivants. C'est aussi cela, la Ch'ti attitude.

Etape 56 : Beffrois et carillons


Ding, dung, dong ! Le beffroi de Douai sonne. Celui-ci est enrichi de pointes dorées, témoignage de la richesse d'une ville. A Saint-Amand-les-Eaux, le beffroi, tout blanc est d'un style différent mais remplit pleinement son office.

Les beffrois et leurs carillons sont une tradition qui remonte au XVe et XVIe siècles semble-t-il. C'est l'affirmation du pouvoir communal. C'est aussi jusqu'au XXe siècle une tour de guet. Depuis juillet 2005, 23 beffrois français ont été classés au patrimoine mondial par l'UNESCO. Les petites villes ont elles aussi leur beffroi et si les guerres les ont mis à terre, les habitants les ont reconstruits, comme celui de Bergues.

Entre Valenciennes et Bavay, nous attendons de passer la frontière belge pour compter combien de kilomètres nous allons faire à l'étranger. Les champs de betteraves sont les mêmes d'un côté et de l'autre de la frontière et nous arrivons à La Flamengrie en France sans avoir vu le moindre indice de changement de pays.

A Bavay, ancienne ville gallo-romaine, le carillon ne sonne pas mais on peut y déguster des bonbons à la menthe douce appelés "chiques" pour se donner des forces jusqu'à Maroilles.

A Maroilles, une friterie récente, "chez David et Marie" draine une clientèle importante. Comme la boutique est petite, les consommateurs font patiemment la queue dehors au milieu de la terrasse où quelques tables sont installées. Les cornets de frites, gros, petits, moyens, sont remplis à ras bord puis couchés sur un papier brun (pas du kraft), piqués d'une petite fourchette à frites. Le tout est placé dans un sachet plastique percé de trous pour garder le croustillant. La plupart des clients repartent chez eux avec leurs frites agrémentées d'une tranche de viande ou d'une saucisse. Pour les clients qui s'attablent les frites sont servies dans des emballages qui servent d'assiette.

Après les beffrois de la journée, nos yeux se tournent vers des préoccupations plus terre à terre, au ras de nos excellentes frites en écoutant sonner le dernier carillon de la journée.

Etape 57 : Tourisme social


De Maroilles à Trélon, la route est toute droite mais pas sans dénivelé. Les toboggans se succèdent. Le musée du verre à Trélon est notre objectif mais il est malheureusement fermé le dimanche matin. Cette déconvenue est de courte durée car nous avons tout le temps de visiter l'après-midi le Familistère de Guise dans l'Aisne.

Celui-ci justifie une visite approfondie enrichie par les commentaires simples et complets d'une guide érudite. Le Familistère est un ensemble de bâtiments qui a été le lieu d'une expérimentation sociale exceptionnelle de 1860 à 1968. "Jean-Baptiste André Godin, créateur de la manufacture des fameux poêles, a été un expérimentateur social de tout premier plan. Pour faire la preuve de la valeur de la société unitaire imaginée par l'utopiste Charles Fourier, il bâtit à partir de 1859 le Familistère... L'espace libre, l'air pur, la lumière et l'eau en abondance sont les éléments de cet architecture hygiéniste".

L'eau courante était disponible à chaque étage, les douches chaudes au rez-de-chaussée, les fenêtres étaient conçues pour que la lumière du jour soit équitablement répartie à tous les étages. Les ouvriers bénéficiaient d'avantages sociaux remarquables, tels que 10 h de travail au lieu de 12, une mutuelle, un dispensaire, une pouponnière, une école gratuite jusqu'à 14 ans, une buanderie, un économat et, pour les loisirs, d'une piscine et d'un théâtre.

Monsieur Godin, comme les ouvriers l'appelaient, était vénéré et après sa mort, en 1888, ils lui ont érigé une statue en pied devant le Familistère. Beaucoup d'ouvriers avaient aussi chez eux un buste du bienfaiteur.

L'expérience a curieusement pris fin en 1968, en partie à cause de la concurrence du chauffage central mais l'usine qui employait jusqu'à 2 000 personnes en compte encore 200 à 300 selon les saisons et a changé de mains.

Le nom de Godin est devenu un nom commun. Un poêle Godin s'appelle tout simplement un godin, synonyme de qualité et d'efficacité. Godin reste ici un nom propre, un grand nom de la promotion sociale.


La Thiérache est vallonnée et très campagnarde. Les prés succèdent aux champs qui succèdent aux bois. Les agriculteurs sillonnent les routes avec des camions de fumier. Depuis une dizaine de jours, le fumet du fumier s'invite jusque dans les villes.

A Viviers, nous avons l'excellente idée d'acheter du pain. Les kilomètres passent et aucun autre commerce n'est en vue. Le menu du pique-nique est très simple : une boîte de pâté (celle que l'on garde au cas où...), des mirabelles ramassées et du chocolat (celui que l'on garde pour la gourmandise). On ne peut compter que sur les réserves des sacoches.

Le vent souffle dans le bon sens. Le temps est maussade et tourne à la pluie violente. Un hangar grand ouvert est une aubaine que nous saisissons pour nous abriter en attendant une accalmie tout en ouvrant la fameuse boîte de pâté.

La route des églises fortifiées passe de l'Aisne aux Ardennes, la Thiérarche s'étendant sur les deux départements. Les églises sont massives, certaines avec des meurtrières pour le tir, des tourelles, des portes d'entrée minimes, tout pour se protéger d'une manière passive et active.

Ce soir à Touligny, nous dormons dans une ferme fortifiée de 1652 à la porte imposante et aux murs épais.

Repos et moutons à Touligny 6 km 

Nos hôtes élèvent des moutons. Le cheptel est constitué d'environ 800 bêtes réparties sur 80 hectares. Aujourd'hui, c'est la tonte des agneaux nés en avril et mai. C'est une opération couteuse car le prix de la laine est loin de couvrir le coût de la tonte faite par un spécialiste. La laine est très sérieusement concurrencée par les matières synthétiques et se vend à bas prix maintenant, ce qui n'a pas toujours été le cas.

Alors pourquoi tond-on les moutons ? Pour qu'ils grossissent. Comme les agneaux ont un peu froid quand ils sont tondus, ils mangent plus, grossissent et cela stimule leurs défenses.

L'éleveuse aimerait avoir des moutons à poil ras et ajoute, non sans humour, que ces bêtes s'appellent des chèvres !

Etape 59 : En passant par la Lorraine


La température a chuté : 11°C au départ sous un soleil timide. La rosée est encore posée sur les prés et ici il est bien difficile de trouver un brin d'herbe jauni. Tout est vert.

Les maisons sont de plus en plus souvent en pierre jaune, rappelant la couleur des blés très murs et quand les décennies et les siècles ont passé à du pain très cuit.

L'église abbatiale de Mouzon en est un exemple. Le portail et le tympan ont subi les outrages du temps mais l'intérieur semble avoir été rénové la semaine dernière tant la pierre est blonde au soleil. L'effet est encore renforcé dans le chœur par une décoration baroque dorée. La Meuse traverse cette localité des Ardennes où les industries sont nombreuses (accessoires automobiles, métallurgie).

Entre Villy et La Ferté sur une hauteur dominant à 360° les environs se trouve le dernier fort, le plus à l'ouest, de la ligne Maginot. Des affrontements ont eu lieu en mai 1940 ici et 104 soldats sont morts pour la France. Leurs tombes sont d'un côté de la route et de l'autre un grand monument blanc a été érigé à proximité du fort semi-enterré.

La Lorraine est à moins de 5 km et sur la route jusqu'à Longuyon, les cimetières militaires allemands ou français des deux guerres sont fréquents, certaines tombes militaires étant intégrées aux cimetières communaux.

La citadelle et les deux tours de l'église de Montmédy se voient de loin car la citadelle domine la vallée de plus de 100 m. Les remparts presque noirs sont impressionnants. L'intérieur de la citadelle est lugubre. Devant l'église en mauvais état, de grands bâtiments sont, depuis un an, en "déconstruction" comme on dit maintenant. Quelques dizaines de mètres plus loin, une autre maison menace ruine.

A Longuyon, l'hôtel de ville est assez réussi avec la pierre jaune de la région mais le reste de la ville est bien décevant. L'église Sainte-Agathe, au sommet d'une rue très en pente, n'a aucun charme. De plus, elle jouxte une maison éventrée dont l'intérieur est rempli de grands arbres. Ce n'est pas la discussion avec le pizzaïolo qui donne une idée plus heureuse de la ville qu'il connaît bien. Les entreprises licencient à tour de bras puis ferment et beaucoup de gens vivent du RSA ou du chômage et y restent. C'est la Lorraine des plans sociaux et des délocalisations.

Etape 60 : Au fil de la Moselle


La Lorraine n'est pas une région montagneuse mais elle réserve aux cyclistes peu informés de douloureuses surprises. Les côtes très raides sont légions. Il est indispensable d'avoir un petit braquet et de savoir se servir des dérailleurs sous peine de monter piteusement à pied. C'est un bon terrain d'entraînement pour franchir ensuite les cols des Alpes et des Pyrénées.

Aussi à Thionville, sommes-nous aux anges en arrivant dans la large plaine de la Moselle où le dénivelé sera à peu près nul. Aux anges puisque nous venons de traverser Knutange, de grimper à Nilvange en évitant Florange. La voie verte Charles Le Téméraire le long de la Moselle est presque achevée entre Thionville et Metz. Des tronçons ont été ouverts à la circulation il y a une quinzaine de jours. Il ne reste que quelques centaines de mètres à réaliser où l'on passe encore dans les cailloux puis un tronçon avant Metz.

A Uckange, le long de la voie verte, se dresse un haut-fourneau impressionnant par sa masse tortueuse de ferraille noire et rouillée. Ce haut-fourneau produisait de la fonte de moulage et a cessé son activité en 1991. Il est ouvert à la visite depuis trois ans et permet de voir de près le haut-fourneau de 71 m et toutes les installations annexes, comme le système de chargement et les ballons d'épuration des gaz.

Le long de la Moselle avant Metz, des installations donnent dans le gigantisme. Les silos à céréales sont énormes et la centrale thermique de La Maxe est d'une taille que nous n'avons jamais vue. Les péniches qui vont et viennent sur le fleuve sont de grand gabarit. Ce soir, nous franchissons à Metz le fleuve majestueux et bavardons le long de sa rive droite jusqu'à la nuit.

Etape 61 - D'un orage à l'autre


Le départ est retardé par une grosse averse. Après 4 km, les impers sont enfilés car il est inutile d'attendre d'être complètement mouillés pour les mettre. Finalement, nous les enlevons car la pluie cesse, puis nous les remettons et les enlevons encore. La pluie s'arrête mais le ciel est menaçant à droite, à gauche, devant, derrière. Les voitures et les camions nous "spritzent" de l'eau sale sur les jambes. Spritz, on comprend cela en Moselle comme en Alsace. Le résultat donne de belles jambes vaporisées de boue.

A Rémilly, un roulement de tonnerre et deux éclairs nous font nous engouffrer dans un garage privé ouvert. Le propriétaire et sa femme nous invitent à boire le café dans la cuisine d'été au sous-sol pendant que la pluie tombe à verse.

Nous repartons secs mais les champs brillent d'eau pas encore absorbée. De très larges rigoles dévalent les champs et vont grossir d'énormes flaques dans les terrains les plus bas. Contre toute attente, une très belle éclaircie entre midi et deux nous laisse le temps de faire des courses à Morhange pour un pique-nique dans la forêt au soleil. Puis nous apercevons au loin la ligne bleue des Vosges près de Bénestrof. Les maisons sont de plus en plus familières. Les fenêtres et les portes sont encadrées de grés rose, gris ou jaune. Le dessus des fenêtres est souvent galbé. Les avancées de toit (appelées schopfs) devant les granges se multiplient. Les tuiles rouges donnent une note gaie au ciel redevenu couleur de plomb.

A Fénétrange, nous évitons l'averse sous un porche, repartons, puis revenons sur nos pas pour nous abriter à l'office du tourisme, installé dans l'ancien château. Un village plus loin, nous nous arrêtons dans un autre garage et finissons par discuter dans la salle à manger des propriétaires. A Kirrberg, à la sortie du village, nous faisons demi-tour sous le tonnerre pour entrer dans la grange d'une maison, ce qui nous donne le temps de discuter avec un charmant monsieur de rénovation, de hauteur de toit, de poutres et de surface habitable.

La route est longue mais la performance est d'arriver à garder les pieds secs jusqu'à l'arrivée à Saverne où c'est la vie de château car nous dormons à l'Auberge de Jeunesse située au dernier étage du magnifique et majestueux château des Rohan.

Etape 62 - Un tampon historique


Le col de Saverne est derrière nous et il a été évité puisque le canal de la Marne au Rhin et sa piste cyclable offrent une alternative d'une grande facilité et d'un confort exemplaire. Saverne mérite mieux que les petits coups de pédale que nous lui accordons en ce début de matinée bien gris. Nous saluons la licorne de grès rose et reprenons la piste cyclable qui va nous mener le long du canal jusqu'à Strasbourg. Des bateaux de plaisance s'activent mollement aux écluses tandis que nous observons nos chères cigognes venues se nourrir à proximité.

La question de la matinée est de savoir où faire tamponner notre dernière étape sur nos cartes de route. La piste en effet ne traverse aucun village et il faudra sans doute en sortir pour chercher un hypothétique commerce et obtenir ce fameux tampon indispensable à la conclusion de notre voyage itinérant.

A Hochfelden, le long de la piste, la porte d'un café à l'ancienne, pas tape à l'oeil pour un sou, est ouverte. Un unique client est attablé et discute avec le vieux patron qui épluche des pommes. "Seriez-vous assez aimable pour....". Le patron se lève et va au comptoir ouvrir un tiroir d'où il tire un tampon en caoutchouc bien sec et sans encre qui n'a pas servi depuis belle lurette. "Vous savez, nous sommes fermés depuis trois ans et on ouvre juste une semaine pour garder la licence."

Le brave homme appelle sa femme qui trouve la solution en frottant le tampon avec un stylo feutre et tamponne solennellement nos cartes de route. C'est fait ! Nous avons notre dernier tampon, celui qui marque la fin de notre Tour de la France à vélo. Leur tampon a sans doute repris du service pour la dernière fois puisque le couple âgé ne reprendra pas l'exploitation de l'établissement.

Strasbourg approche. Stop ! Nous croisons un ancien collègue qui maintient sa forme en faisant quelques kilomètres à vélo. Un ancien collègue, ou plus exactement un jeune collègue qui travaille dans l'entreprise que j'ai quittée il y a un an pour cause de retraite. Embrassades et échanges de nouvelles. Le Parlement Européen à Strasbourg où se termine le canal n'est plus très loin.

Dans notre quartier, un couple de voisins agite frénétiquement des torchons du haut de leur septième étage pour nous souhaiter la bienvenue.

Notre Tour de la France est bouclé, nous avons 5 730 km au compteur.
********************************

Une belle expérience s'achève. Nous sommes de retour à la maison et absorbés par de nombreuses activités. Cependant, notre Tour de la France reste très présent dans nos coeurs.

Ce tour de la France a été rythmé généralement par six jours de pédalage et un septième jour de repos apprécié et nécessaire. Les jours de vélo, nous parcourions une moyenne légèrement supérieure à 90km/jour. De plus, le périple a été divisé en quatre parties inégales où un arrêt plus long était prévu : 6 jours à Toulouse, 3 jours à Vannes en Bretagne et 3 jours à Bazincourt en Normandie. Certaines étapes ont été dures physiquement à cause de la distance, du dénivelé, de la chaleur, du vent ou du mauvais temps. Quelquefois, nous avons souffert de routes en mauvais état, d’une circulation automobile désagréable pour des cyclistes ou de signalisation incohérente.

Ce voyage a été pourtant source d’un bonheur renouvelé car la France diverse dans ses particularités régionales nous a surpris ou émerveillés. Depuis les Vosges très vertes à la plaine du Rhône, des garrigues méditerranéennes aux champs de tournesols et de blé, des longues plages claires aux côtes déchiquetées et tumultueuses, le voyageur ne se lasse guère. L’architecture se modifie selon la richesse du sol et le climat. Les monuments du passé récent ou lointain depuis l’empire romain jusqu’au XXe siècle ont ancré en nous le sentiment que la France a des trésors qui témoignent de l’ingéniosité des générations précédentes, de leur travail et leur ténacité. Les habitudes régionales nous ont quelquefois étonnés. Les Français du sud au nord et d’est en ouest ne mangent pas à la même heure ni la même chose. L’accent change, les expressions aussi. Par exemple, à Saint-Nazaire, on « débauche » quand on quitte son travail à la fin de la journée, un verbe jamais utilisé du côté de Strasbourg.

Nous avons rencontré des femmes et des hommes de tous les milieux tant aux étapes qu’en cours de route, à la ville ou à la campagne. Pour l’hébergement, nous avons donné la préférence aux chambres d’hôtes où les propriétaires ont souvent le temps et l’envie d’échanger pour faire connaître leur région, leur métier, discuter de leur passion, ou connaître des voyageurs qui viennent aussi de tous les horizons. Nos familles et notre réseau d’amis ont été d’une grande aide pour nous offrir des soirées d’étape agréables et confortables où les discussions allaient bon train, pendant que, le plus souvent, leur machine à laver nous assurait de repartir le lendemain avec du linge propre sans avoir frotté à la main. Dans les auberges de jeunesse, les jeunes sont nombreux mais les moins jeunes et les familles s’y retrouvent aussi. Les rencontres se font autour de l’ordinateur ou devant une assiette.

Après deux mois et demi, notre soif de découvertes dans 19 régions et 50 départements n’a pas été étanchée si bien que nous espérons pouvoir entreprendre bientôt d’autres voyages itinérants en France ou ailleurs... à vélo et encourager d’autres à faire du tourisme à vélo pour le plus grand bien de leur tête, de leur corps et de leur cœur.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire